Les discours du voyage

Resp. Odile GANNIER (CTEL) et Véronique MAGRI (BCL)

Ce projet vise à établir une synergie entre les chercheurs intéressés par les écrits autour du voyage ; la rencontre avec l’Autre et sa représentation, qu’elle passe par le verbal ou le non verbal, pourront croiser des perspectives d’approche variées, historique, ethnographique, sociologique, littéraire, linguistique, sémiologique.

Réalisations

Un premier colloque international, Figures du voyage, s’est tenu les 11-12 juin 2015, organisé par Odile Gannier (CTEL) et Véronique Magri (BCL). Au travers de l’écriture du voyage et des figures du discours, l’enjeu du colloque est d’étudier comment l’expérience du monde découvert se construit. L’interdisciplinarité anime déjà cette manifestation scientifique qui réunit des chercheurs littéraires et des linguistes. Publication février 2018 : Loxias-colloques.

Un deuxième colloque, Variations de la répétition dans le récit de voyage, a été organisé les 17-18 novembre 2016 par Véronique Magri (BCL) et Odile Gannier (CTEL), dans une perspective plus formelle, et est à paraître dans Le Discours et la langue, fin 2018.

Projets

Un colloque international « Écrire le voyage centrifuge : actualités des écritures migrantes »  se tiendra à l’automne 2018.

Un projet de publication en cours concerne un Dictionnaire du Voyage qui recensera les termes susceptibles de définir les discours du voyage et de les caractériser. Le dialogue des disciplines sera privilégié puisque les rubriques pourront appartenir à des domaines divers de manière à couvrir un vaste champ de recherche et à fournir un outil de travail aux chercheurs qui s’intéressent à cette thématique, sur le plan national et international.

Enfin, un colloque en partenariat avec la BnF est prévu en 2019 : Effets de l’art dans la littérature de voyage.

Collaborations

CRLV (Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages), Université de Clermont-Ferrand

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Altérité, circulation et argent

Resp. T. Long (LAPCOS), M. Coulibaly (GRM) et D. Bazin (GREDEG).

Résumé du projet :

Dans un monde globalisé, ce projet examine le rôle des systèmes économiques et du rapport à l’argent dans l’établissement et la circulation des normes et cultures ainsi que dans l’altérisation. Il a émergé de conjonctions d’intérêt scientifique économique, sociologique et psychologique autour de trois thématiques : un monde sans argent ou une rupture paradigmatique avec le système économique dominant en s’interrogeant sur la possibilité (ou pas) d’une régulation sociale en l’absence du médiateur « argent » avec une attention particulière accordée aux économies sociales et solidaires ; l’impact de l’idéologie et du rapport à l’argent dans les relations et comparaisons sociales, dans les prises de décisions, discriminations, et circulation des normes ; la prise en compte des différences culturelles en termes de consommation, comportements et attentes dans l’offre et la mobilité touristiques

Séminaire prévisionnel autour du sujet : ‘Argent et gestion de la diversité culturelle dans l’offre faite aux clients’ :

 Comprendre la psychologie du consommateur et la place de l’argent dans un contexte multiculturel afin de lui proposer une offre adaptée à ses besoins.

 Les principaux thèmes qui peuvent être abordés :

–       Place de la multiculturalité et/ou de l’interculturalité dans l’offre faite aux clients aéroports.

–       Lien entre différences culturelles et consommation (consommation ordinaire ou responsable).

–       Lien entre argent et consommation dans un contexte multiculturel.

–       Influence de l’image de la marque de destination.

Autre séminaire à venir autour de : Argent et qualité de vie.

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Modèles urbains en Méditerranée et ailleurs

Resp. G. Fusco (ESPACE) et A. Brogini (CMMC). Ce projet aborde l’objet ville comme un des supports essentiels d’un espace civilisationnel. Dans une approche comparative, la ville latine méditerranéenne est étudiée dans ses relations à d’autres modèles de ville, qui lui sont proches mais avec lesquels elle ne se confond pas : la ville des rives Sud et Est de la Méditerranée, d’Europe, d’Amérique Latine et d’autres espaces où la culture urbaine latine s’est projetée au cours de l’histoire. L’entrée par la morphologie urbaine est privilégiée. La forme d’une ville est à la fois le résultat de la sédimentation d’une histoire urbaine, un élément de compréhension de ses fonctionnements présents et le point de départ pour ses projets futurs. Mais les morphologies sont filtrées par les perceptions sociales, par les cultures et par les projets sociétaux. A l’heure où de nouvelles utopies urbaines voient le jour et où la mondialisation semble uniformiser jusqu’aux modèles de production de l’espace urbain, une réflexion sur ce qui est propre au modèle de ville latine méditerranéenne et à ses rapports avec ses villes « cousines » devient essentielle pour comprendre les enjeux que la mondialisation pose au sens des lieux urbains, à leur patrimonialisation et à leur transformation.

Financement : Académie 5 de l’IDEX

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Corps, santé, altérité

Resp. J. Candau (LAPCOS) et L. Schuft (LAMHESS). Il s’agit d’étudier la manière dont les acteurs des institutions de soin participent à fabriquer l’altérité en ciblant et en accompagnant des populations « vulnérables », « spécifiques » ou « à risque », et en prenant en compte différents critères de classement social allant de la physionomie ou du statut socioéconomique aux stimuli sensoriels. Il est également question de comprendre la manière dont ces productions d’altérité ont une influence sur la vie sociale et la santé des individus. Enfin, le projet vise à mieux comprendre comment la maladie elle-même produit de l’altérité, qu’il s’agisse des modifications du rapport à son propre corps, des éventuelles errances thérapeutiques, de la démultiplication des sources de connaissance sur la maladie, de l’accès à des thérapies conventionnelles et non-conventionnelles, etc.

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Circulations transnationales et blocages des pratiques culturelles

Resp.S. Andrieu, CTEL ; C. Rinaudo, URMIS :

Ce projet étudie la transnationalisation de pratiques et de styles culturels par lesquels de nouveaux modes d’expression des altérités se produisent et se diffusent tout en envisageant simultanément les différentes dynamiques de blocages qui empêchent les acteurs de circuler. La prise en compte de l’articulation entre mobilité et blocage permettra de travailler la question des styles de vie réelles des artistes aux carrières transnationales et celles rêvées, de tous ceux, qui faute de pouvoir circuler, élaborent des imaginaires créatifs où l’ailleurs, l’altérité et la manière de se situer dans le monde se trouvent questionnés. Dans un contexte où la fermeture des frontières nationales et le durcissement des politiques migratoires vont de pair avec une marchandisation des expressions culturelles de groupes minoritaires et un goût pour les esthétiques de l’ailleurs de plus en plus affirmé, il s’agira également de questionner les représentations médiatiques de ces productions culturelles et leur impact dans la construction des subjectivités individuelles tout autant que dans celle des imaginaires nationaux. Ouvert sur une large diversité de pratiques culturelles (musique, danse, théâtre, arts plastiques, cinéma…) l’objectif est de considérer les apports des différentes disciplines et approches méthodologiques à partir desquelles cet objet est abordé dans les équipes de recherche impliquées.

Financement : Académie 5 de l’IDEX

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Usages scientifiques, sociaux et politiques de la race

Resp. J.L. Gautero (CRHI), X. Huetz de Lemps (CMMC) et V. Piétri (URMIS).

Ce projet a pour objectif de développer une analyse des usages scientifiques, sociaux et politiques de la notion de « race » dans une perspective diachronique et comparative permettant de mettre en lumière à la fois les spécificités et les logiques sociales communes, mais aussi les dynamiques de circulation des acteurs, des objets et des idées entre les aires géographiques (Europe, Afrique, Amériques et Asie) et les temporalités considérées (du xvie au xxie siècle). Notre approche consiste ainsi à questionner ces usages de la race en confrontant les débats contemporains aux usages plus anciens de la race et en comparant dans la longue durée les espaces territoriaux à l’échelle mondiale.

Usages savants de la race et racialisation des catégories sociales : Les membres du projet se proposent de développer une approche réflexive de la notion de « race » telle qu’elle est élaborée dans le discours savant (scientifique, philosophique, théologique, juridique…) comme discours polémique et historicisé, en mettant l’accent sur les usages sociaux et politiques qui en sont faits. L’idée de race a, en effet, connu des évolutions de sens qui ne sont pas linéaires ou univoques, mais qui ont donné lieu à des interprétations divergentes selon les champs disciplinaires et selon les théoriciens et les institutions qui occupent ces champs, ce qui permet une multitude d’appropriations et d’instrumentalisations, à la croisée du biologique et du social/culturel/religieux. On s’interrogera en particulier sur les usages différenciés de la « race » dans les pratiques de catégorisation des individus et des groupes (enquêtes scientifiques, statistiques et administratives, statuts juridiques) en insistant sur la manière dont ont été prises en compte les apories des approches discriminantes face à l’unicité/infinie variété du genre humain à travers les figures du métis, du créole, de l’esclave et de l’affranchi, du sauvage, du païen, du monstre… et les alternatives théoriques à la racialisation des catégories sociales. Si ces usages discursifs ont durablement ordonné et profondément imprégné les sociétés plurielles, ils doivent être confrontés aux réalités évolutives du fonctionnement social. Les taxinomies raciales théoriquement les plus tranchées comportent toujours des porosités où se nichent des transfuges, des familles inclassables et des catégories intermédiaires. L’émergence ou la disparition de ces groupes entraînent parfois des recompositions des discours comme des catégorisations mais, en tout cas, ils sont des points privilégiés d’observation.

La race : identité assignée, identité assumée, identité reniée : Les processus de racialisation apparaissent étroitement liés à l’émergence de sociétés coloniales et/ou de sociétés esclavagistes, même si le lien n’est pas systématique. Dans ces contextes très spécifiques, l’assignation d’identités raciale exprime les relations de domination entre colonisé et colonisateur, entre maître et esclave dans un rapport dialectique qui n’exclut pas les phénomènes de résistance et d’appropriation, de la même manière que la construction d’une identité raciale du colonisé ou de l’esclave participe également de celle du colonisateur ou du maître. La construction sociale des races peut ainsi être envisagée selon les approches développées par les Whiteness studiescomme une co-construction, dans le face-à-face entre « blanc » et « non-blanc ». Un face à face qui connaît des moments forts de (re)configuration lors des premières confrontations à l’altérité (découverte du « Nouveau monde », premières fondations coloniales), mais aussi lorsque les rapports de domination sont remis en question (révoltes et soulèvements, abolitions de l’esclavage, indépendances) et peuvent conduire les groupes stigmatisés à revendiquer l’appartenance à la catégorie raciale qui leur a été assignée (« Blackness », « négritude »). Toutefois, ces confrontations ne se résument pas à une opposition binaire, notamment dans les espaces coloniaux où les phénomènes de métissage ont été anciens et massifs, où l’importation d’une main d’œuvre non autochtone, d’abord servile puis, après les abolitions, sous contrat (coolies) a posé à nouveaux frais la question de l’autochtonie des populations. Par ailleurs, une partie de l’enquête sera consacrée aux phénomènes de refus de l’assignation raciale en contexte non colonial (Afrique de l’Est).

Sortir de la race : émancipation, réparation, dé-racialisation : La question des conséquences de l’esclavage reste d’actualité, que ce soit au travers de la mémoire, de la demande de réparations ou du maintien de formes de discrimination et d’inégalité socio-raciales. Dans les Amériques et la Caraïbe, où les abolitions sont anciennes, les mobilisations ethniques contemporaines (African-Americans, afrodescendants) s’ancrent dans la dénonciation d’une « citoyenneté de second rang » liée à l’héritage de l’esclavage. Au sud de la Méditerranée (Maghreb, Afrique de l’ouest), la frontière entre esclavage et non esclavage est perméable et l’esclavage reste inscrit dans les structures sociales. En Afrique de l’Est, l’esclavage a longtemps été passé sous silence et les descendants d’esclaves sont socialement et politiquement marginalisés. Il s’agit ici d’analyser les logiques de continuité/ discontinuité des configurations sociales liées à l’esclavage, en interrogeant à la fois la « sortie » de l’esclavage, les caractéristiques des régimes esclavagistes et les productions culturelles et politiques liées à l’esclavage. L’enjeu de l’accès à une pleine citoyenneté peut ainsi s’articuler à celui de la construction d’une identité nationale qui dépasse les clivages hérités de l’esclavage. Par ailleurs, il s’agit de questionner les catégories d’« esclave » et de « descendant d’esclave » afin de mieux comprendre les logiques de différenciation (race, statut, couleur, apparence, appartenance, etc.) dans et après l’esclavage. Même dans les sociétés post-coloniales, mais non post-esclavagistes, une partie au moins des catégorisations raciales anciennes continuent, par des filiations historiques complexes, d’imprégner les représentations et les classifications sociales.

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Inégalités, discriminations, mobilités dans les cadres scolaire et professionnel

Resp. V. Erlich (URMIS). Ce projet aborde la problématique des inégalités, des discriminations et des mobilités dans les cadres scolaire et professionnel, en France et à l’étranger. Il donne lieu à des questionnements interdisciplinaires axés sur plusieurs thématiques : les inégalités d’éducation et d’accès à l’emploi selon l’« origine migratoire » (analyse des politiques scolaires, des pratiques pédagogiques, des fonctionnements des établissements, du « vivre ensemble » ou de la mixité sociale, sexuelle, ethnique) ; les discriminations et l’ethnicisation des relations sociales, avec une attention portée sur les populations en situation minoritaire, sur les processus discriminatoires et sur les stratégies développées face à ces processus ; les mobilités des jeunes (mécanismes d’internationalisation de l’enseignement supérieur, expériences de mobilité des élèves et des jeunes travailleurs, imaginaires et représentations de leur expérience migratoire…) ; la transition entre les études et l’emploi des jeunes issus de l’immigration et leur positionnement face au monde du travail.

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Mobilités, frontières et co-développement en Méditerranée

Resp. A. Brogini (CMMC) et S. Potot (URMIS). Espace médian, la Méditerranée est perçue tantôt comme un carrefour de circulation de biens, d’idées et de personnes, tantôt comme un espace de frontière séparant des civilisations qui, par-delà les contacts, restent contrastées. Aux phénomènes de métissages, de médiations et de mobilités licites ou clandestines s’opposent des rivalités politiques et religieuses fondatrices de représentations de l’Autre. C’est à l’ensemble de ces relations que ce projet s’intéresse. La Méditerranée n’y est pas seulement perçue comme une frontière séparant une rive nord d’une rive sud mais comme un système social complexe, composé de rivages, d’îles et de nations, qui s’est construit dans le temps long et se réinterroge au quotidien dans de multiples espaces.

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Identités politiques, politisation et compétitions électorales

Resp.Gilles Ivaldi, URMIS – Christine Pina, ERMES

Dans un contexte de montée des populismes en Europe et de bouleversements des équilibres politiques au détriment des partis gouvernementaux, interroger les identités politiques et la politisation (des débats, des controverses, des questions sociales…) est nécessaire. Le contexte de mondialisation avive les questionnements liés aux identités. La question de l’immigration en particulier est aujourd’hui un thème central du débat public et un enjeu saillant de compétition électorale. A l’intersection de la science politique et de la sociologie, mais sans exclure de possibles élargissements disciplinaires ultérieurs, ce projet vise à rendre compte des modalités pratiques de la politisation et de la gestion politiques des questions relatives au processus de « dénationalisation » des sociétés politiques européennes : globalisation des échanges, circulations, immigration, intégration européenne.

Il s’agit, en s’intéressant à un territoire peu analysé par la Science politique (en l’occurrence la région PACA) et en prenant comme objets les compétitions et oppositions politiques, de poser différemment la question de l’altérité : qui est « l’Autre », dans le débat politique ou les compétitions politiques ? Comment se structurent les affrontements politiques, en mobilisant quelles forces politiques ? Avec quels résultats ? Comment s’envisagent les alliances et les oppositions, en fonction des compétitions politiques mais également des espaces politiques observés ?

Cette thématique a, de ce fait, deux objectifs : en premier lieu, centrer la focale sur une région composite (politiquement et socialement) qui permet d’observer les relations labiles entre la droite traditionnelle et l’extrême droite. La cristallisation du vote FN notamment dans le grand pourtour méditerranéen offre un champ de recherche particulièrement fécond. En second lieu, il s’agit d’analyser les compétitions pour elles-mêmes (qui gouverne, avec qui, sur quels territoires ?) mais aussi comme indicateurs de la manière dont les sociétés considèrent le débat, l’altérité, l’opposition et l’affrontement politique.

Deux directions sont envisagées : poursuivre le travail réalisé depuis maintenant quelques années pour apporter une analyse et une expertise régulières sur les élections locales, nationales et européennes déclinées au niveau régional ; jeter les bases d’un Observatoire socio-politique de la région PACA, en constituant une base de données démographiques, sociales, économiques et politiques, qui regroupe les informations nécessaires pour l’analyse des débats et compétitions politiques à venir dans la région PACA.

Ces études politologiques et sociologiques en région PACA doivent être entendues au sens large, puisqu’il s’agit d’encourager et de fédérer les travaux de science politique et de sociologie politique qui analysent les phénomènes politiques en région PACA, à des échelles régionale et infra-régionale (départements, EPCI, villes, quartiers, etc.) différentes. De ce fait, des études longitudinales portant sur des territoires étendus peuvent cohabiter avec des monographies, ce qui assure le croisement des regards, tout en étant gage de pluridisciplinarité. A ce titre, un travail, initié par les politistes du laboratoire ERMES, est actuellement en cours pour mener à bien une recherche sur la sociologie de Nice. Cette recherche pourrait se traduire par la sortie d’un ouvrage, à l’image des publications déjà parues sur Lille, Marseille, Lyon, Bordeaux, Paris, Berlin…

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Data Privacy

Le projet Personal data analysis and business models of platforms implicating privacy issues – Data Privacy –est un projet pluridisciplinaire réunissant au sein de l’UCA-IDEX des enseignants chercheurs du laboratoire GREDEG, de l’équipe DIANA à l’INRIA dans le cadre des projets soutenus par l’Académie 5. Il mobilise également des chercheurs de l’Université Surrey pour leur expertise dans le domaine des stratégies de plateformes et implique des jeunes entreprises innovantes en tant que partenaires du projet (Mnémotix) ou comme terrain de recherche.

L’objectif de Data Privacy est de comprendre en quoi les plateformes coopératives (décentralisées) à base de technologie telle que la Blockchain permettent de pallier les problématiques de confidentialité des données personnelles (privacy) posées par les plateformes centralisées. L’enjeu est d’identifier en quoi, pour les nouvelles innovations numériques, les modèles économiques à base de plateforme décentralisée seraient plus viables que les modèles à base de plateforme centralisée. En effet, si dans le domaine de la sécurité, et en particulier de la cryptographie, le cas des plateformes décentralisées semblent avoir largement été investigué et a fait l’objet de nombreux travaux scientifiques à renommée internationale, du point de vue des sciences économiques, juridiques et des réseaux de nombreuses interrogations n’ont pas encore été posées. Pour y pallier, Data Privacy propose de faire dialoguer plusieurs disciplines scientifiques en prenant pour cas d’étude différents domaines de services (tels que les plateformes de services de mobilité urbaine, de services multimédia, etc.) où le niveau de sensibilité des individus en matière de privacy peut à priori différer selon le domaine.

Mots clefs : Privacy, plateforme centralisée, plateforme décentralisée, modèles économiques, écosystème, blockchain.

Partenaires:

GREDEG: Amel Attour, Michela Chessa, Patrice Reis

INRIA – DIANA: Damien Saucez

Origens medialab – ESC Clermont: Alexandre Monin

Mnémotix: Mylène Leitzelman

 

Financement : Académie 5 de l’IDEX

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Artefacts

Depuis quelques années, la croissance massive du nombre d’appareils connectés a conduit à des changements d’usage et de comportements chez leurs utilisateurs. Après avoir intégré nos appareils du quotidien et nos systèmes de transport, les systèmes numériques miniaturisés ont été en mesure d’offrir des services au plus proche de l’être humain. Tout d’abord portés à des fins de surveillance sportives ou médicales, ces dispositifs seront bientôt incorporés en tant que prothèses afin de suppléer à certains organes déficients, voire d’augmenter certaines fonctions perceptives ou cognitives. La question se pose alors de leur apprentissage, de leur appropriation, et de leur intégration dans leurs environnements quotidiens par ceux qui les utilisent.

Et la question se posera d’autant plus avec les futurs systèmes numériques à l’état encore de prototypes qui se comporteront comme des extensions cérébrales d’aide à la cognition, de suppléance sensorielle ou de prothèses neuronales hybrides. Les possibilités de ces nouveaux objets connectés à la pointe de la technologie émerveillent déjà autant qu’ils effraient. Aujourd’hui, les avancées technologiques convergentes des antennes miniatures et de l’électronique faible consommation ont permis de développer au sein d’UCA des systèmes innovants dont les services (localisation ou monitoring) transforment les activités où ils sont mis en oeuvre. Demain, cet effet se trouvera démultiplié avec les prochaines technologies développées au sein du laboratoire LEAT qui seront en mesure d’y associer IA et réseaux de neurones artificiels électroniques capables d’apprentissage voire de communication directe avec les neurones biologiques. Les partenaires du projet Artefact proposent que ce sujet, souvent imposé par les géants américains ou simplifié par des médias de vulgarisation, soit enfin traité et réapproprié par l’Université de manière interdisciplinaire.

Le projet associe pour cela des chercheurs et enseignants-chercheurs électroniciens, sociologues, psychologues, informaticiens et scientifiques des neurosciences. L’objectif sera d’aller de la conception de la nouvelle technologie à l’accompagnement de sa mise en oeuvre. Une thèse verra la conception du nouveau dispositif en mesure de répondre dans des environnements embarqués, et en parallèle l’équipe construira les hypothèses permettant de penser et d’anticiper son application, sur les plans psychologique, social et éthique, en répondant aux questions de fonctionnalité, d’expérience, et d’acceptabilité, c’est-à-dire : Comment le système humain-prothèse opère-t-il ? Quelle est l’expérience qui est faite d’un tel dispositif ? Comment le couplage humain-prothèse s’intègre-t-il dans des contextes d’application réels ? Pour cela nous identifions des dispositifs suffisamment proches de la future technologie sur les dimensions précises que nous voulons explorer. Ensuite nous soumettons à l’expérimentation, en laboratoire et en situations naturelles, ces dispositifs agissant comme artefacts numériques de niveau croissant d’assistance cognitive.

Implication de la MSHS :

Ce projet prolonge le travail mené au cours du séminaire “Artefacts numériques et Matérialités” organisé par Bernard Conein, Lise Arena et Alexandre Monnin dans le cadre d’une collaboration GREDEG / INRIA développée au sein de la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société Sud-Est (MSHS) dans son axe “Technologies numériques, communautés et usages” (axe 2), avec notamment l’invitation de Michael Wheeler (Stirling University) (« The Knowledge Ecology: Epistemic Credit and the Technologically Extended Mind ») et David Kirsh (University of California, San Diego) (« Thinking with Our Body and Other Things »).

Chercheurs de la MSHS impliqués :

Bernard Conein (GREDEG)

Manuel Boute (GREDEG)

Xavier Corveleyn (LAPCOS)

 

Financement : Académies 1 et 5 de l’IDEX

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LEARN&MAKE (Apprentissages individuels et collectifs dans les makerspaces)

Ce projet s’intéresse aux apprentissages dans les espaces collaboratifs usuellement qualifiés de « makerspaces » – consacrés au design et à la production d’objets matériels. Ces espaces fleurissent sur le territoire et contribuent à redessiner la politique d’insertion locale. Bien que de plus en plus sous le regard des sciences sociales, peu de travaux s’intéressent aux modalités concrètes des savoirs transmis et aux outils mis en oeuvre pour permettre les apprentissages. Ce projet vise à combler ce manque.
Il combinera analyse fonctionnelle (informatique), analyse sémio-discursive (sciences de l’information et de la communication), enquête (sociologie de l’innovation) et approche ethnographique et monographique (sociologie des usages) afin d’étudier : dans un premier temps les mécanismes d’apprentissage proposés dans les espaces collaboratifs ; dans un second temps la mise en oeuvre effective des mécanismes d’apprentissage. Pour aborder de manière interdisciplinaire ces questions de l’apprentissage et de la transmission de connaissance via des outils numériques, nous avons constitué un collectif de travail pluridisciplinaire regroupant deux équipes : La MSHS Sud Est (avec le GREDEG, UMR 7321) et l’équipe Tech-CICO (UMR 6281) de l’UTT.

I. Questions de recherche
Les espaces collaboratifs mobilisant des technologies numériques constituent le socle de la société en réseaux décrit par Manuel Castells ou Yochai. Benkler, la base des échanges horizontaux de la cité par projet (Boltanski et Chiapello). De nombreux sociologues commencent à s’intéresser aux collectifs qui se rencontrent dans ces espaces, notamment pour y décrire les règles internes (Lallement) ou les communautés qui les sous-tendent (Auray). Ils constituent un mode d’expression du monde autoentrepreneurial que des économistes perçoivent comme constituant la première phase d’une révolution schumpétérienne. Pour autant, ces espaces sont de nature diverses : espaces physiques (fablabs, makerspaces, hackerspaces), espaces numériques (forges logicielles, wikis, bibliothèques de plans, de vidéos, …) ; et de visées variées : certains ont des finalités marchandes en facilitant la circulation des compétences et l’optimisation par la mutualisation des équipements (notamment l’univers des fablabs), tandis que d’autres ont un objectif social et solidaire, en donnant aux individus la conscience de leurs capacités (empowerment) et les moyens de les mettre en oeuvre (les capabilities d’Amartya Sen). Les technologies numériques et les outils de partage que ces espaces collaboratifs proposent, permettent de donner une audience plus large à des engagements autrefois cantonnés à des espaces associatifs locaux. L’élargissement à un public plus large pose de nouvelles questions à ces collectifs : 1°) celle de leur extension à un public non militant (enrôlement) 2°) celle de l’apprentissage des règles de partage et de fonctionnement des collectifs (socialisation) 3°) celle de la circulation et de mutualisation des savoirs (apprentissage). Les trois dimensions sont interdépendantes et doivent être traitées conjointement, même si l’originalité de notre projet est surtout d’éclairer la troisième, moins renseignée dans la littérature spécialisée. Elles impliquent notamment une connaissance sur les dispositifs socio-techniques mis à disposition et mobilisés par ces collectifs facilitant la circulation des connaissances mais nécessitant également des apprentissages pour être pleinement mobilisables.
En ce qui concerne les espaces collaboratifs physiques, nous voudrions cibler un sous ensemble en forte expansion : les makerspaces. Ces makerspaces traitent de projets variés (permaculture, informatique collaborative, construction d’objets….) et ont pour particularité, pour une somme modique, de mettre à disposition des outils (notamment des imprimantes 3D mais aussi des machines-outils permettant de travailler manuellement d’autres matières) pour permettre à leurs adhérents de mettre en oeuvre des projets collectifs. Des travaux de sociologues commencent à s’intéresser à ces espaces, mais ils mettent l’accent le plus souvent sur les règles internes aux communautés qui les animent. Les parcours biographiques des membres sont aussi en partie renseignés. Ainsi ces lieux sont des lieux de réparation des objets (par exemple les repair cafés), mais bien souvent aussi des personnes (care, insertion). La dimension sociale et solidaire de ces lieux est affirmée, ce qui explique qu’ils soient réinvestis aujourd’hui, au-delà de l’esprit hacker pionner, par des militants de l’éducation populaire ou par d’autres causes comme l’écologie politique. En ce qui concerne les espaces collaboratifs en ligne, nous voudrions cibler les sites et plateformes dont l’objectif est le partage d’expertises et d’expérience entre makers (Thingiverse, Youmagine, Revelry). Il ne s’agit pas pour ces espaces collaboratifs de soutenir des projets collectifs entre makers à distance, mais plutôt de valoriser l’activité des makers, et de la faciliter grâce à la constitution d’une communauté qui partage ses réalisations. Il s’agit « d’encapaciter » les makers en leur permettant de concevoir à partir de bases existantes. Pour que la réutilisation soit possible, et qu’un esprit communautaire soit conservé, les makers sont encouragés à publier leurs réalisations sous licence libre (« creative commons »). La dimension sur laquelle nous voudrions travailler dans ce projet est encore peu investie par les sciences sociales et l’Informatique.
Il s’agit des modes d’apprentissage par lesquels les connaissances sont transmises. En effet, les espaces collaboratifs en ligne ou en face à face ont également une fonction éducative, à côté de l’institution scolaire. Il s’agit d’apprendre « en faisant », de transmettre en collaborant, d’acquérir à la fois les codes de la société numérique et les compétences pour échanger et traiter le savoir (Auray, 2016). Cette fonction éducative s’est d’abord exercée dans des communautés en ligne (par exemple dans les projets open source ou des encyclopédies comme Wikipedia), mais restait limitée à un groupe d’experts et de passionnés (les pro-ams). Son extension à des populations plus large nécessite son ancrage dans des lieux. Ce foisonnement d’espaces collaboratifs a été rendu possible par la baisse des coûts d’entrée et la diffusion d’outils permettant des réalisations concrètes (carte Arduinio, imprimante 3D…). C’est naturellement l’informatique qui a été le premier thème d’investigation (développement de haskerspaces), le code étant dans l’hétérotopie numérique la source première de l’émancipation (Code is law disait L Lessig). Ce mouvement s’étend aujourd’hui à un ensemble de sujets très variés allant des communautés de spécialiste (la biologie participative) en passant par des thématiques touchant un public plus large (l’agriculture urbaine).
Notre recherche, de nature interdisciplinaire, s’intéressera à la fois aux espaces collaboratifs, à leurs utilisateurs et aux concepteurs de ces espaces/outils.

I.1. Un premier axe de travail portera sur les mécanismes d’apprentissage proposés dans les espaces collaboratifs
Il s’agira dans un premier temps de répertorier l’ensemble des outils mobilisés dans les makerspaces et les espaces en ligne, et de comprendre comment et pourquoi les concepteurs les ont définis.
L’équipe Tech-CICO s’intéressera aux espaces en ligne afin de proposer une typologie fonctionnelle des outils ; retrouve-t-on toujours les mêmes types de supports au partage d’expérience ? Au contraire voit-on émerger des formes différentes suivant les
espaces ? Qu’est-ce qui est à l’origine de ces différences ? Les documents produits pour guider les acteurs (netiquette, FAQ…) reflètent-ils des catégories d’utilisateurs potentiels ? Comment ces espaces se présentent-ils par rapport aux espaces de partage du logiciel libre ? La combinaison entre analyse fonctionnelle (informatique), analyse sémio-discursive (sciences de l’information et de la communication), et enquête (sociologie de l’innovation) permettra d’adresser ces questions.
L’équipe de la MSHS Sud-Est adoptera une approche ethnographique et monographique afin de comprendre, à partir de projets concrets, comment les participants aux makerspaces peuvent à la fois acquérir les connaissances thématiques qu’ils sont venu
chercher mais aussi bien souvent les compétences techniques qui s’avèrent nécessaires pour participer. Comment les responsables ou les encadrants font-ils pour permettre à tout en chacun de participer ? En particulier, comment font-ils en sorte que le manque de compétences informatiques ne constitue pas à un frein à la participation ? Une autre question traitée conjointement par Tech-CICO et la MSHS Sud-Est portera sur la pérennité de l’engagement des membres. L’une des finalités annoncées par ces collectifs est de s’étendre au-delà du cercle restreint des pionniers. Quels sont les mécanismes proposés pour y parvenir ? Quelles techniques sont employées pour enrôler les nouveaux publics et maintenir leur adhésion au collectif ? Les outils numériques et les échanges à distance tiennent-ils un rôle dans le maintien des liens ?

I.2. Un second axe de travail portera sur la mise en oeuvre effective des mécanismes d’apprentissage.
L’approche monographique et l’ethnographie seront mobilisées par la MSH Sud-Est pour mener une enquête auprès des gestionnaires des makerspaces et des participants, ce qui éclairera les pratiques réelles de partage et de transmission de
connaissances, et d’identifier si elles sont alignées sur les discours identifiés dans le premier axe. Une analyse socio-linguistique et conversationnelle des échanges sur les espaces collaboratifs en ligne (Tech-CICO) identifiera ce qui s’y dit, quelles sont les activités qui s’y déroulent, permettra d’analyser si des « speech communities » se construisent et si, au final, des collectifs s’y forment. Le croisement avec l’analyse fonctionnelle menée dans l’axe 1 permettra d’analyser si certaines fonctionnalités favorisent plutôt certains types d’activité ou si c’est purement contingent. Le croisement entre l’analyse des pratiques en ligne et en présence sera utile pour mettre au jour d’éventuelles asymétries de pratiques d’apprentissages entre les lieux physiques et les espaces collaboratifs en ligne. Pour répondre à ces questions et rester dans la temporalité et les moyens associés à cet appel, nous prévoyons de restreindre nos investigations à deux lieux dans lesquels sera effectuée une enquête exploratoire permettant d’enrichir de nouveaux projets. Parmi les lieux auxquels nous avons pensés, et parmi lesquels nous sélectionnerons les deux lieux étudiés, deux se situent à Nice et sa région, un à Montreuil (Région parisienne) et un à Lille.
À Nice deux maskerspaces sont potentiellement particulièrement intéressants pour ce projet : la SCIC (Société Collaborative d’Intérêt Collectif) TETRIS (Transition Ecologique et Territoriale par la Recherche et l’Innovation Sociale) à Grasse avec laquelle des
liens ont déjà été noués et le Navlab à Antibes avec lequel un contact a été établi. La SCIC TETRIS, dans la lignée de l’éducation populaire, se présente comme une coopérative construite autour d’une démarche réflexive et de recherche qui vise à transformer les territoires par l’innovation sociale. Le Navlab quant à lui est un makerspace spécialisé dans le nautisme : il s’agit de donner les moyens à des utilisateurs de navire de croisière de réparer leurs embarcations. Il s’adresse à un public spécifique (particuliers, passionnés de voile et salariés travaillant dans des navires de luxe). La confrontation du Navlab et de TETRIS, dont les publics sont très contrastés, pourrait être particulièrement intéressante pour comprendre ce qui les rassemble dans les pratiques et les valeurs au-delà de l’hétérogénéité de leurs publics et des thématiques.
À Montreuil, le makerspace ICI Montreuil pourrait faire l’objet de notre investigation : c’est un espace ouvert proposant de nombreuses activités (travail du bois, fabrication de bijoux…) qui s’adressent à un large public (notamment à des enfants). Ce
makerspace offre une large palette de cours et de stages, ce qui en fait un lieu intéressant à étudier. Cet espace collaboratif nous intéresse particulièrement car en revisitant des principes de l’éducation populaire ou/et des hétérotopies communautaires, il se
donne pour mission de redynamiser son territoire dans un contexte de chômage de masse et de désindustrialisation. À Lille, nous pourrions nous intéresser au Mutualab qui offre des cours d’informatique (des ateliers Arduino) et surtout un club
DIWO (do it with others) autour de l’Agriculture Urbaine et de l’AgroEcologie. Il s’agira, au démarrage du projet, de finaliser le choix des deux lieux parmi les quatre, selon des critères d’activité effective des makerspaces d’une part, et de possibilités d’accès et de disponibilité à la recherche dans le cadre de ce projet, d’autre part.

II Équipes de recherche
Pour travailler de manière interdisciplinaire ces questions complémentaires de l’apprentissage, de la transmission de connaissances via des outils numériques, ainsi que de l’enrôlement et de la socialisation, nous avons constitué un collectif de travail
pluridisciplinaire regroupant deux équipes : Des chercheurs de l’équipe pluridisciplinaire Tech-CICO (Technologies pour la Coopération, l’Interaction et les Connaissances dans les Collectifs) de l’UMR CNRS 6281, à l’Université de Technologie de Troyes (UTT). Tech-CICO mène des recherches dans les domaines de la Communication Médiatisée par Ordinateur (CMO), de la Sociologie de l’Innovation, et du Travail Coopératif Assisté par Ordinateur (CSCW). Tech-CICO a une grande expérience des projets nationaux et européens. Les chercheurs impliqués dans ce projet seront, en ce qui concerne l’analyse fonctionnelle des plateformes existantes et de leurs mécanismes support à l’enrôlement, la socialisation et l’apprentissage : Myriam Lewkowicz, Professeur d’Informatique, Aurélien Bénel, Jean-Pierre Cahier, Matthieu Tixier, Maîtres de Conférences en Informatique. Gérald Gaglio, Maître de Conférences en sociologie s’intéressera plus particulièrement à l’analyse de la genèse de ces plateformes. Hassan Atifi et Michel Marcoccia, Maîtres de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication, conduiront une analyse socio-linguistique des interactions se déroulant sur les plateformes actuelles.
Des sociologues de l’Université de Nice et du GREDEG (UMR 7321) impliqués dans la MSHS Sud-Est (USR 3566) et notamment dans le programme 3 (Communautés numériques et consommation collaborative) de son axe de recherche 2 (TIC, Usages et Communautés). Seront particulièrement impliqués Manuel Boutet, Maître de conférences en sociologie qui travaille sur les formes de coopération émergentes (notamment : innovation par l’usage, communautés de jeux vidéo, assistance en milieu urbain, entrepreneuriat collectif de l’économie solidaire) et Emmanuel Kessous (porteur), Professeur de sociologie, qui s’intéresse aux questions portant sur l’attention dans l’usage des technologies numériques et à la manière dont ces espaces collaboratifs peuvent donner d’autres perspectives de trajectoire biographique aux acteurs. Ces chercheurs ont déjà commencé à échanger ensemble sur cette thématique ce qui leur a permis de soumettre deux années consécutives un projet à l’ANR dont l’un a franchi la première étape de l’évaluation. Le financement demandé dans le cadre de cet appel permettrait de renforcer les liens de ce réseau en construction, et ainsi de constituer l’expertise nécessaire à la soumission de nouveaux projets communs.

Financement : réseau des MSH

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City & tram

Objectif :

Concevoir, tester et imaginer de nouvelles fonctionnalités et nouveaux services s’inscrivant dans la Convention de projet « Ville connectée à son système de transport ». Les futures lignes T2 et T3 de tramway seront « connectées » ce qui permettra de remonter toutes les données disponibles des rames internes et externes au Data Center de la Métropole.

Centre de référence :

Territoire intelligent, prévention et gestion des risques

Les actions porteront sur les sous-projets suivants :

1) Aide à la maintenance (analyse de l’appropriation des nouveaux outils numériques par les mainteneurs)

2) Qualité de service (point de vue exploitant du tramway)

3) Qualité de service et plus particulièrement qualité de l’air intérieur (point de vue usagers du tramway)

4) Information aux voyageurs (recherche de moyens de diffusion de l’information)

5) Appel à projets auprès de startups pour identifier de nouveaux services et incubation des projets retenus

6) Etude de business models pour commercialiser les nouveaux services

Porteur : Mme Amel ATTOUR, GREDEG

Financements :

IDEX, UCA JEDI
• UCA (IMREDD, GREDEG, Transitions)
• Industrie (Alstom)

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Memorex

L’apprentissage permet l’acquisition de connaissances et compétences. C’est une fonction fondamentale tout au long de la vie qui est possible grâce à la mémorisation. Il est donc important d’identifier les conditions pouvant avoir un rôle facilitateur au processus de mémorisation. Il a récemment été montré que certains neurotransmetteurs avaient un rôle particulièrement important dans la consolidation de connaissances en mémoire à long terme. L’activation de la voie noradrénergique et de la voie des glucocorticoïdes pourrait notamment être un facteur important dans la consolidation de connaissances, d’autant plus lorsque ces deux voies sont activées de façon combinée (Roozendaal et al., 2006). L’exercice physique, qui active ces deux voies simultanément pourrait ainsi représenter une condition facilitatrice de la consolidation de connaissances.

Puisqu’il existe peu de recherches dans ce domaine, l’objectif de ce projet est d’investiguer l’impact de l’activité physique sur la mémorisation dans deux directions distinctes. Une première étude visera ainsi à étudier l’impact d’un exercice physique maximal sur la mémoire d’habitude. Cette étude initiale permettra de mieux comprendre les facteurs qui favorisent la formation d’habitude. La deuxième étude visera à étudier l’impact d’un exercice aérobie sur la mémoire associative en collège/lycée. Cette seconde étude pourrait avoir des retombées importantes dans la planification des séances d’éducation physique et sportive en milieu éducatifs.

 

Learning allows the acquisition of knowledge and skills. It is a fundamental function throughout life that is possible through memorization. It is therefore important to identify the conditions that can play a facilitating role in the memorization process. It has recently been shown that certain neurotransmitters have a particularly important role in the consolidation of long-term memory. The activation of both the noradrenergic and the glucocorticoid pathways could be an important factor in the consolidation of knowledge, especially when these two pathways are activated in combination (Roozendaal et al., 2006). Physical exercise, which activates these two pathways simultaneously, could thus be a facilitating condition for improving knowledge consolidation.

Since there is little research in this field, the goal of this project is to investigate the impact of physical activity on memorization in two distinct directions. A first study will examine the impact of maximal exercise on habit memory. This will help to better understand the factors that favor the habit memory formation. The second study will investigate the impact of aerobic exercise on associative memory performance in secondary (middle- and high-) school students. This second study should have a significant impact on the planning of physical education sessions in educational settings.

 

Roozendaal, B., Okuda, S., De Quervain, D. F., & McGaugh, J. L. (2006). Glucocorticoids interact with emotion-induced noradrenergic activation in influencing different memory functions. Neuroscience, 138(3), 901-910.

Financement : Académie 5 de l’IDEX

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Workshop series in cognitive science

Spatialization is the process by which spatial information is added by the cognitive system to process information (not necessarily spatial beforehand), often resulting in what is called a mental line. One of the first examples in the literature comes from Galton (1880) who reported that 5% of the individuals he interviewed naturally linked verbal information to space, for example by picturing numbers at very precise spatial locations. This privileged link between space and verbal information seems to have been naturally used even earlier in what the anthropologist Harwood (1976) described as myth spatialization, where spatial locations function as a mnemonic device for the recall of a myth (e.g., Australian aborigines or the Tobriand culture). Today spatialization and the spatial biases that come with it offer a vibrant realm of research which territory crosses various disciplines and domains. In numerical cognition and since the discovery of the SNARC effect (Dehaene et al., 1993), numerous studies have confirmed that numbers are also process spatially along the famous mental number line. Spatialization is also used by mnemonist when employing the venerable loci method (Yates, 1966) invented 2500 years ago. Research in human development seem to suggest
that spatialization starts very early in life, as seven-month old babies show preferences to increasing numeral sequences only if small number are associated to the left and larger to the right (de Hevia et al., 2014). In animal cognition, spatialization is an important and hot topic, as shown from the reaction of the scientific community after the discovery that 3-day chicks naturally link small numerals to the left and larger ones to the right (Rugani et al., 2015). Although spatialization seems to possess an innate dimension, its direction appears to be also culturally determined and linked to the direction of reading/writing (Guida et al., 2018). On the whole, spatialization is thought to start as an innate phenomenon, but for humans a cultural layer is subsequently added (McCrink & de Hevia, 2018). The debate is whether the cultural effect finally takes precedence over the innate determinism, or whether both effects are cumulative(if yes, in what proportion?). Given this productive field of research we would like to bring together in a workshop, researchers from around the globe and from various subdisciplines that have a common interest in spatialization. Our aim is to promote interactions and future collaborations, which outcome could shed a new light on spatialization and related topics.

Porteur :
Fabien Mathy

Organisation :
Pour suivre l’organisation préconisée par l’AAP : la journée comprendra des conférences plénières, des conférences de 20 min, et une session poster. La journée sera organisée en 3 conférences plénières le matin, 2 heures de conférences de 20 minutes l’après midi, une pause, et une dernière série de conférences de 20 minutes (une heure maximum). La journée se terminera avec une session poster en fin d’après-midi. L’appel à poster aura lieu dès lors que la date aura été arrêtée. La session poster garantira à tous les étudiants en doctorat la présence d’un senior discussant.

Financement : Académie 5 de l’IDEX

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Prédiction humaine

L’adaptation à un environnement changeant dépend de la capacité du cerveau/système cognitif de prédire des stimuli futurs (tels que les mots pendant la lecture). La prédiction de stimulis futurs potentiels est liée aux processus d’amorçage sémantique qui rendent le traitement d’un mot cible plus rapide et précis lorsqu’il a été préalablement prédit par un mot amorce précédent. La précision de la prédiction ainsi que le potentiel évoqué EEG N400 dépendent de la probabilité de la cible sachant le mot ou la phrase amorce qui précède. Cependant, alors que la probabilité de la cible peut être estimée à partir de l’amorce, cette même amorce peut prédire plusieurs cibles différentes en même temps, générant ainsi de l’interférence entre les cibles prédites en mémoire de travail. La distribution des probabilités des cibles prédites par une même amorce définit l’entropie de l’amorce, qui mesure l’incertitude de la prédiction. Bien que certaines régions cérébrales soient sensibles à la probabilité ou à l’entropie des mots, savoir si et comment l’entropie de l’amorce influence la prédiction probabiliste de cibles reste une question ouverte.

Le projet fédère des scientifiques de différentes disciplines de la psycholinguistique, la psychologie cognitive, les mathématiques appliquées à l’analyse du signal et les neurosciences computationelles afin d’étudier les effets de l’entropie sur la prédiction à travers trois approches méthodologiques qui sont 1) les protocoles expérimentaux, 2) l’analyse du signal EEG et 3) la modélisation des données.

Partenaires:

BCL : Frédéric Lavigne, Pr / Fanny Meunier, DR / Carlos Aguilar, IE

INRIA/ATHENA : Maureen Clerc, DR / Theodore Papadopoulo, DR

CNPP (Univ. Descartes/CNRS): Gianluigi Mongillo, CR

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Cognition quantique dans les interactions stratégiques

Mieux prévoir le choix des individus face à une situation particulière sera-t-il bientôt possible ? Ce projet vise à soutenir la recherche fondamentale dans le domaine de la modélisation de la cognition humaine en fédérant un groupe de scientifiques multidisciplinaire. Au travers d’expériences basées sur des sujets humains, il s’agit de développer de nouveaux modèles cognitifs s’inspirant des probabilités quantiques et de positionner UCA comme leader dans ce domaine en France et au niveau européen.

S’inspirer de concepts mathématiques pour mieux décrire les comportements humains

Ce projet constitue une nouvelle étape visant à renforcer la collaboration d’un groupe multidisciplinaire de chercheurs composés de scientifiques « durs » et « doux », soit des physiciens et des mathématiciens qui collaborent avec des psychologues et des économistes, pour contribuer activement au développement d’une approche « quantique » dans les études et applications concernant la cognition humaine.
Les chercheurs souhaitent notamment comprendre si les probabilités quantiques ou simili-quantiques, offrent un meilleur cadre mathématique que les probabilités classiques (par exemple, les approches bayésiennes) pour construire des modèles cognitifs efficaces d’humains. L’objectif est de confirmer la validité expérimentale de certains modèles cognitifs de type quantique mais aussi, d’en proposer de nouveaux dans le contexte de la prise de décision stratégique (à savoir la théorie des jeux). Les résultats de ces recherches pourraient avoir un impact important sur les études psychologiques et économiques puisqu’ils chambouleraient des théories importantes et établies dans ces domaines.

Comprendre le processus de décision humain

Le projet consiste à réaliser un certain nombre d’expériences sur des sujets humains, notamment par le biais de la plateforme UCA CoCoLab, pour obtenir des données originales sur le jugement et la prise de décision et développer, par la suite, de nouveaux modèles de type quantique. Une meilleure compréhension de la cognition humaine et de la prise de décision est donc au cœur des activités de recherche de ce projet. Les résultats seront présentés lors de plusieurs conférences internationales et notamment lors de la conférence Quantum Interaction qui se tiendra en juillet 2018, à Nice suite aux sollicitations de la communauté internationale des chercheurs.

L’académie 2 a donc décidé de participer au financement de ces expériences dont les résultats sont attendus avec intérêt par la communauté, offrant une belle visibilité à UCA et lui permettant de se positionner comme leader dans ce domaine en France avec pour ambition d’être parmi les trois principaux centres sur ce sujet au niveau européen.

Financement : Académie 2 de l’IDEX

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Dire le corps : pratiques de l’entretien en danse

« Dire le corps : pratiques de l’entretien en danse », est un projet collectif conçu par l’ensemble des enseignantes-chercheures en danse du CTEL avec l’appui des membres du CRHI engagés dans une recherche en esthétique et en philosophie de l’art. Ouvert aux docteur.e.s et aux doctorant.e.s de di-verses disciplines, il fédère plusieurs partenaires rattachés à la MSHS Sud-Est, à l’UNS, à l’UCA comme à d’autres institutions nationales (Centre national de la danse) et internationales (Institut Uni-versitaire Européen de Florence, Université de Turin, Université de Sienne), et s’inscrit résolument dans le périmètre de l’EUR CREATES.
S’il est communément admis que l’esthétique moderne, dans le sillage de l’Æsthetica de Baumgarten (1750), naît d’une reconnaissance de l’autonomie et de la légitimité propre d’un savoir sensible à l’égard de toute connaissance intelligible ou conceptuelle, le système des beaux-arts qui en découle — par exemple dans la Critique de la faculté de juger de Kant — centré sur ce qui, tout en échappant au concept, n’en demeure pas moins de l’ordre de l’objet, laissent dans l’ombre 1/ ce qui en constitue pourtant le lieu et l’opérateur proprement subjectif — le corps ; et 2/ laisse hors de leur champ d’investigation, comme l’a montré F. Pouillaude en 2009 dans Le désoeuvrement chorégraphique, la forme privilégiée de sa propre expression artistique — la danse. De manière surprenante, la redécou-verte du corps subjectif au début du XXe siècle, tant dans l’anthropologie naissante — que l’on pense au fameux texte de Marcel Mauss sur « Les techniques du corps » (1934) — que dans la philosophie — les différentes phénoménologies du corps qui, comme celle de Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception, 1945) ou de Michel Henry (Philosophie et phénoménologie du corps, 1965) — n’ont que peu transformé cet état de choses. Or cette exclusion des savoirs du corps en général et des savoirs du corps dansant en particulier hors du champ de la réflexion esthétique et de la philosophie de l’art s’explique manifestement par le fait que l’on a peu interrogé les seuls dépositaires légitimes de ce savoir « incorporé » — soit les danseurs eux-mêmes — lesquels, pour leur part, ont toujours fait preuve d’une certaine réticence à en assurer la transmission, conscients de la distance irréductible qui sépare ce qui relève de la sphère du vécu corporel et ce qui — comme en témoigne la longue histoire de la notation chorégraphique qu’il s’agirait de réinvestir en ce sens — pourrait en être communiqué par l’écriture. D’où l’hypothèse, que ce projet a pour objectif d’éprouver, d’une possibilité de pallier cette difficulté par un recours à l’entretien, conçu comme dispositif méthodologique permettant seul à la processualité du geste artistique, dans son irréductibilité à toute inscription, de néanmoins se dire, se transmettre, se réfléchir, et finalement se penser.
Une telle révolution épistémologique n’est pas isolée dans le champ des sciences humaines et so-ciales : sur le modèle de l’identité narrative avancé par P. Ricoeur (1990), l’usage des récits de vie et des entretiens d’explicitation ou d’autoconfrontation a pénétré, ces dernières années et de manière transversale, la quasi-totalité de ses disciplines constitutives — quoi qu’ils demeurent épars et frag-mentés —, y compris le domaine de la danse. Mais c’est justement cette posture nouvelle que nous entendons ici interroger afin de l’accompagner et de la prolonger dans au moins six dimensions — dont il s’agira de souligner la fécondité pour les autres champs disciplinaires :
1/ Une dimension heuristique et historique : loin de se réduire au seul acte de « dialoguer », l’entretien mérite d’être envisagé dans sa polymorphie — comme matière artistique, comme mode de relation (entre danseurs, entre danseurs et chercheurs, entre le danseur et sa propre pratique) ainsi que comme méthode heuristique permettant non seulement la transmission d’un savoir possédé mais aussi la découverte et la prise de conscience de cette possession. Mais il doit également être appréhendé comme source d’archives potentielles, en liens avec la question du recueil des savoirs en danse néces-saire pour la doter d’une mémoire et ce faisant d’une histoire (engagement des institutions patrimo-niales, telles les bibliothèques et les fonds archives, à en recueillir les traces).
2/ Une dimension méthodologique et épistémologique : comment passer, pour l’interviewer, d’un simple questionnement à l’instauration d’un authentique entretien capable de produire un récit partagé, une construction conjointe de la mémoire et du savoir qui sache prendre soin de l’imagination et de la narrativité impliquées dans cet exercice (Grele 1975) ? Quel cadre de confrontation proposer à l’interviewé qui lui permette de rendre saillantes les questions qu’il est implicitement conduit à se poser à lui-même ? Dans quelle mesure l’analyse détaillée du contexte de l’entretien (prise de contact initiale, analyse des différentes phases de déroulement de l’entretien, observation de la communication para-verbale dans l’échange comme dans son hors-champs) permet seule de donner sens aux propos qui y sont tenus (Pialoux et Courouge 2011), et comment une analyse comparée du rôle de l’interviewer et de celui du spectateur de la danse pourrait conférer au premier un savoir-écouter qui ait la qualité du savoir-regarder du second ? Il s’agira également d’interroger les enjeux épistémolo-giques d’un tel procédé : qui peut prétendre être l’auteur des savoirs qui s’énoncent dans la co-construction de l’entretien ? Faut-il même y départager un savoir individuel d’un savoir collectif (Pas-serini 2006), ou bien l’envisager comme un lieu spécifique d’émergence d’une tierce instance, d’un « nous » qui n’appartiendrait en propre à personne et détiendrait in fine l’auctorialité de ce qui s’y énonce ?
3/ Une dimension performative et interactionnelle : le corps ne se contente pas de trouver dans l’entretien une « formulation » mais, comme l’a montré l’interactionnisme symbolique (Mead, Goff-man) et l’ethnométhodologie (Garfinkel, Sacks), il y intervient et s’y exprime sous certaines condi-tions. Quelle posture se trouve donc ici requise (posture d’écoute et de parole, figure de l’interlocuteur ignorant, de l’interlocuteur proche en tension avec l’« interlocuteur lointain » de Mandelstam) ? Quelle fonction y accorder au silence, à l’adresse, au tact, mais aussi au cadre matériel de l’interaction (topologie, décor de la pièce, etc.) ? Comment s’y négocient les « tours de parole », et dans quelle mesure la syntaxe des échanges verbaux est-elle elle-même susceptible d’une analyse chorégra-phique ? Enfin, quel modèle d’intersubjectivité à la fois suppose et suggère la performativité même de l’entretien ? N’est-elle pas plus proche de l’intercorporéité mobilisée dans les danses de relation (Con-tact Improvisation, tango, rock n’roll, etc.) et les pratiques de mouvement en contact (tel l’aïkido) que d’un rapport spirituel dans lequel le corps ne jouerait qu’une fonction de médiation, tel qu’a pu initia-lement le penser la phénoménologie ?
4/ Une dimension éthique : il s’agira également de questionner les « méprises et dérives » possibles des pratiques d’entretien (Caillet 2010) tout en réfléchissant d’une manière plus générale à ce qui en constitue les conditions éthiques : respect de l’intimité et de la propriété de la parole comme de la mémoire, gestion de l’anonymat et du risque de « dés-interlocution » (Chauvier 2011), traitement des traces laissées par l’entretien lorsqu’il devient un document archive accessible à d’autres chercheurs en dehors du contexte de sa production et de son analyse initial, etc.
5/ Une dimension communicationnelle : une fois que l’entretien a permis de mettre en mots l’expérience du corps, comment donner corps à ces mots qui ont su dire l’expérience (Rivière 2013) ? Comment, par exemple, filmer l’entretien (Paggi 1993), et de quelle manière l’entretien peut-il être restitué, publié, exposé ou performé sur scène (Palazzolo 2005, Burt 2012) ? Comment peut-il être conçu comme un matériau artistique (Solomon 2018), ou bien utilisé dans des situations pédagogiques (Pollock 2005) ? Quelles transformations formelles et symboliques s’opèrent lors de ce passage de la sphère intime (l’entretien entre deux individus) à la sphère publique (une exposition, une performance, un texte), et à quels dilemmes éthiques ou même juridiques se confronte celui qui performe la parole d’autrui ?
6/ Une dimension ontologique : si le propre des pratiques d’entretien en danse est de nous encourager à concevoir le corps et l’ensemble des savoirs pratiques dont il est porteur non pas seulement comme ce qui se donne à éprouver dans l’immanence d’un vécu, mais bien comme ce qui se trouve dit ou raconté en situation d’interlocution, comment penser l’identité paradoxale du corps que l’on vit et du corps dont on parle — et plus encore, comment comprendre qu’une parole sollicitée puisse seule assurer la révélation de ce qui en apparence est le moins objectivable ? Mais ce n’est pas seulement le rapport phénoménologique entre le corps et le langage que la problématique de l’entretien nous engage ainsi à réinterroger, mais aussi les modalités même de la constitution du corps comme corps artiste ou comme oeuvre d’art. Selon un paradigme avancé en 2012 par N. Heinich et R. Shapiro et qui pénètre en profondeur la sociologie et la philosophie de l’art, tout art serait le produit d’une « artification », entendue comme ce processus de « transformation du non-art en art » par une modification du contenu et de la forme d’une activité par le biais, notamment, d’un réagencement de dispositifs organisation-nels et de la création d’institutions destinées à la reconnaître comme telle. Or ne faut-il pas considérer la mise en mots du vécu corporel par le danseur — mais aussi la difficulté à le faire — comme une composante essentielle de ce processus, et comme ce mode spécifique de réflexivité, révélé justement par l’entretien et avant toute reconnaissance proprement institutionnelle, par lequel une pratique se trouve constituée comme artistique dans la manière même dont elle se décrit autrement que comme un savoir ordinaire du corps ?

 

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Mémoire des origines – MemOri

Ce projet a pour objectif de faire émerger au sein de l’Axe 4 de la MSHS Sud-Est une équipe de recherche interdisciplinaire sur la question de la mémoire des origines, comme élément de construction des identités et des territoires. Le rapport aux origines se construit, en effet, autour de deux formes d’appartenance souvent combinées : l’ancestralité (comme rapport aux origines familiales) et l’autochtonie (comme rapport aux origines géographiques). Ainsi, dans le cas des familles aristocratiques et/ou coloniales, le patronyme constitue un marqueur fondamental des identités sociales qui intègre bien souvent une dimension spatiale tandis que les terres et domaines sont parfois désignés par le nom de leurs propriétaires. De la même manière, descendants de migrants ou d’esclaves sont identifiés (et stigmatisés) ou revendiquent comme part constitutive de leur identité ce déracinement originel. De fait, ce rapport entre l’identité lignagère et le lieu d’origine ne saurait faire l’économie de la question de la mobilité, qu’elle soit sociale (ascension/descension sociale), géographique (migration, exil) ou politique (colonisation/décolonisation/situation post-coloniale, esclavage et post-esclavage).
En regroupant des membres de la plupart des laboratoires porteurs de l’EUR ODYSSEE (Origines, DYnamiques, Sciences de la Société, Environnement) – URMIS, CEPAM, ESPACE, CMMC, ERMES et LAPCOS – le projet MemOri est à même de renouveler l’approche de la notion d’origine en croisant analyse des éléments discursifs et onomastiques et des marqueurs de l’ancrage spatial des identités individuelles et collectives, dans une démarche interdisciplinaire (histoire, archéologie, sociologie, géographie, anthropologie, psychologie, droit et sciences politiques) et diachronique (de l’Antiquité à nos jours). Ces thématiques sont en effet au coeur de l’EUR ODYSSEE naissante et permettent d’articuler autour de la question de la transmission mémorielle des origines ses Axes 1 (Origines et trajectoires : passé, présent, futur des sociétés), 3 (Espaces et territoires) et 4 (Migrations, frontières, discriminations), contribuant ainsi de manière significative à la structuration de l’EUR.
Au niveau national, cette proposition d’équipe émergente sur la « Mémoire des origines » pourrait s’inscrire dans le cadre du GDR « Mémoire » du CNRS, créé en 2018 (https://gdrmemoire.com), dans lequel sont d’ores et déjà impliqués plusieurs chercheurs de la MSHS (I. Dos Santos et V. Piétri pour l’URMIS, J. Candau pour le LAPCOS). Mettant en réseau plus d’une centaine d’équipes de recherche françaises, ce GDR vise à susciter un dialogue pluridisciplinaire selon 2 axes : la spécificité de la mémoire humaine au sein du règne animal ; les implications de la vie sociale et symbolique de l’homme dans le fonctionnement mémoriel. C’est au sein de ce second axe que s’inscrirait la réflexion conduite à Nice. Le projet MemOri contribuerait ainsi à la structuration de la recherche au sein d’UCA tant au niveau de la politique de site (EUR) que du point de vue du rayonnement scientifique de notre établissement à l’échelle nationale et internationale (GDR).

 

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Définir la tolérance Définir la tolérance en relation avec des différences religieuses, politiques, ethniques, culturelles…

« Définir la tolérance » est un projet interdisciplinaire (Linguistique, Lettres, Histoire, Sociologie…) consacré à l’étude des définitions (explicites ou implicites) du concept de « tolérance », dans un corpus large, tant au point de vue diachronique que synchronique.
Depuis 1996, chaque année, l’ONU organise une Journée internationale de la tolérance. En 2015, dans un contexte particulier qui est celui où la France a subi des attaques terroristes, Le Traité sur la tolérance de Voltaire a manifestement connu un véritable regain d’intérêt. La progression remarquable des ventes de ce texte, signalée par ses éditeurs, comme l’existence de cette Journée internationale attestent des interrogations (politiques, religieuses, sociales, juridiques, éducatives…) qui sont celles de nos contemporains sur la définition de la « tolérance » et donc sur la compréhension de cette notion. Or le Manuel éducatif « La tolérance, porte ouverte sur la paix » – qui est une pièce importante dans l’éducation à la tolérance préconisée par les Nations Unies – fait état « des définitions capricieuses et variables » de ce terme, dont les contours changent, par exemple, selon les langues.
Cette (relative) instabilité dans la définition du mot, qui fait que d’aucuns parlent de « vacillations […] du concept »1, est également sensible pour une même sphère linguistique, en l’occurrence la langue vernaculaire, tant en synchronie qu’en diachronie. À partir de l’étymon tolerantia, désignant en latin classique une « constance à supporter », une « endurance », le Trésor de la Langue française identifie ainsi deux sens principaux au mot « tolérance », l’un orienté vers une polarité axiologiquement négative, le terme désignant alors une forme d’indulgence coupable, de laxisme dommageable ; dans l’autre sens, le mot désigne une « disposition à admettre chez les autres une manière d’être, de penser, d’agir différente de la sienne ». La première attestation de ce dernier sens date significativement de 1567, c’est-à-dire d’une époque où la France traverse la longue et douloureuse période des guerres de religion, ce qui s’accompagne évidemment de réflexions politico-religieuses sur un hypothétique « vivre ensemble ». Dans son Histoire européenne de la tolérance (XVIe-XXe siècles), Thierry Wanegfelen nuance le sens du terme et précise que la tolérance désigne alors plutôt l’« acceptation d’un mal qu’on ne peut pas empêcher »2, ce qui rappelle l’étymologie du mot et dit assez combien la compréhension de la notion est liée à son contexte, varie selon les époques et engage des postures énonciatives différentes. C’est donc à une véritable interrogation sur la définition de ce mot, sur les emplois qui en sont faits, leur portée pragmatique et, naturellement, sur la posture énonciative que ce principe (et l’utilisation de celui-ci) requiert que les chercheurs (d’horizons divers) sont ici invités. Le but de cette réflexion pluridisciplinaire, qui constitue un véritable enjeu sociétal, est de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents au choix ou au refus de la tolérance, de circonscrire des zones de résistance où les valeurs prônées par un groupe empêchent l’intégration des altérités ou, a contrario, d’identifier les espaces, les choix, les positionnements qui rendent possible cette intégration.

Porteur : Véronique MONTAGNE

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