Colloque « Les relations interethniques en France : généalogie d’un champ de recherche et actualité d’une réflexion » – 3 et 4 mai 2017

Avec le soutien de l’axe 3, ce colloque se déroulera à l’occasion du cinquantenaire de la création du CERIN/ IDERIC, en amphi 031, à la MSHS.

Liens vers les textes qui serviront de point de départ aux discussions:
– Michel Oriol : « L’ordre des identités », REMI, décembre 1985, Vol.1, No. 2
http://www.persee.fr/doc/remi_0765-0752_1985_num_1_2_988

– Victor Borgogno  « Le discours populaire sur l’immigration. Un racisme pratique ? », Peuples Méditerranéens, avril-juin 1990, No. 51
https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=uiuo.ark:/13960/t20c68d3j;view=1up;seq=11

– Jean-Pierre Zirotti , « Les enfants d’immigrés à l’école ou la dynamique de l’altérité », Cahiers de la Méditerranée, 1997, Vol. 54, No. 1

http://www.persee.fr/doc/camed_0395-9317_1997_num_54_1_1182

– Paul Wald et Philippe Poutignat, « Français et Sango à Bouar : fonctions marginales du français dans les stratégies interpersonnelles », dans Gabriel Manessy et Paul Wald (coord.), Plurilinguisme : normes, situations, stratégies. Paris, L’Harmattan, 1979

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Journée d’étude GIS  » Flux, ports, échanges » – 23 mars 2017

Cette journée s’inscrit dans le cadre de l’axe 3 et aura lieu en amphi 031, le 23 mars de 9h à 17h30.

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Discussion autour de la laïcité – 23 mars 2017

Intervenants :

Valentine ZUBER (Directrice d’études, EPHE, chaire Religions et relations internationales) : « Droits de l’homme et laïcité. Les défis du pluralisme dans les sociétés modernes »

Gérald CHAIX (Professeur émérite d’histoire moderne, Université de Tours – IESR) : « L’enseignement du fait religieux et l’apprentissage du vivre ensemble : quels défis pour une école républicaine, laïque et démocratique ? »

Horaires : de 9h à 12h30 le jeudi 23 mars, amphi 5, SJA2.

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Pour des raisons de sécurité, il est impératif de s’inscrire à l’adresse qui suit : http://unice.fr/events/inscriptions/discussion_laicite/

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Colloque International « Ugo Niccolo Foscolo entre Italie et Grèce : expérience et fortune d’un intellectuel européen » – 9/11 mars 2017

Les 9, 10 et 11 mars se tiendra le colloque international interdisciplinaire Ugo Niccolò Foscolo entre Italie et Grèce.

Le colloque aura lieu du 9 au 10 mars à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société Sud-Est (campus St-Jean d’Angély), et le 11 mars à Vintimille (Jardin Botanique Hanbury).

Organisatrice au LIRCES: Francesca Irene Sensini, Maître de Conférences au département d’Italien

Contact: convegnofoscolo2017@gmail.com

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Colloque « Érotisme et Pornographie. Images, corps et érotisation » – 6-8 avril 2017

Un appel à communication est lancé pour le colloque « Érotisme et Pornographie. Images, corps et érotisation ». Ce colloque se déroulera avec le soutien de l’axe 3 du 6 au 8 avril 2017, salle plate, MSHS.
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Séminaire « Le libéralisme dans tous ses états » – 25 avril 2017

Le prochain séminaire du cycle « Le libéralisme dans tous ses Etats »  organisé par l’axe 3 de la MSHS aura lieu le mardi 25 avril 2017 de 14h00 à 16h, salle 129.

Ce séminaire sera animé par :

Philippe Audegean (CRHI, Université Côte d’Azur), « Antonio Genovesi, premier professeur d’économie (Naples, 1754) »:
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Francis Démier (Université de Paris Ouest Nanterre-La Défense), « Libre-échange et protectionnisme, les deux voies de la bourgeoisie française des années 1840 »:
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Séminaire IVI : « Images, graphiques et graphes en sciences humaines » – 7 octobre 2016

Affiche séminaire IVI 7 octobre 2016Dans le cadre de l’axe 3 et du séminaire IVI (Idée Vérité Image), la 10ème séance intitulée : Images, graphiques et graphes en sciences humaines, se déroulera vendredi 7 octobre 2016, de 9h30 à 12h30, au rez-de-chaussée de la MSHS Sud-Est (salle 009 ou 031).

Nicolas Perreaux (Goethe-Universität, Frankfurt am Main) : « Pourquoi modéliser? L’intérêt heuristique des visualisations en histoire (médiévale) »

Bruno Péquignot (Université Sorbonne Nouvelle – USPC) : « Les sciences sociales et les images : le rejet comme indice d’une question non résolue, celle du statut de l’interprétation ».

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Colloque « Mobilités, surveillance, assistance en Méditerranée occidentale (XVIe – XXIe siècles) » – 17-19 novembre 2016

Dans le cadre des activités de la MSHS Sud-Est (axe 3 « l’Europe et ses Autres ») et de l’axe interdisciplinaire Altérités et mondialisation de l’UNS, les laboratoires URMIS – CMMC – ERMES ont lancé un appel à communication pour ce colloque :

      Le contrôle du territoire et des hommes qui y circulent constitue la réalité très actuelle
des rivages de la Méditerranée occidentale. Depuis longtemps, ces espaces cosmopolites et très attractifs (commerce, tourisme, industrie…) sont caractérisés par le contact constant entre altérités qui favorisent aussi bien les attractions et les circulations de populations que les redéfinitions et les crispations identitaires. L’heure de la globalisation n’empêche pas certains espaces d’afficher aujourd’hui avec force, parfois avec violence, leur particularité, où la religion et les pouvoirs politiques constituent un puissant instrument de définition et d’encadrement des sociétés, un marqueur incontournable des identités. Parmi ces espaces où resurgissent les antagonismes sans empêcher les échanges et les mobilités humaines, les rivages de la Méditerranée occidentale offrent un cadre pertinent d’étude des sociétés littorales dans le temps long, des mobilités et des différentes formes d’acceptation, d’assistance, d’encadrement ou de refus de ces mobilités, considérées par les autorités et les individus comme une source à la fois de richesses et de dangers (identitaires, économiques, sociaux…).

Ce colloque se déroulera à Nice, du 17 au 19 novembre 2016, à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société Sud-Est, amphi 031 (rez-de-chaussée du bâtiment recherche).

COLLOQUE MOBILITES – Voir le programme

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Colloque « Auto-analyse et objectivité scientifique » – 8 – 10 juin 2016

Le colloque se déroulera du 8 au 10 juin en amphi 031 à la MSHS Sud-Est.

Résumé :


L’auto-analyse est le procédé par lequel le scientifique analyse sa position relativement à son objet d’étude, de façon à identifier et à neutraliser les biais qu’elle engendre dans sa recherche. Elle est donc nécessaire à l’objectivation scientifique, qui intègre la perspective du sujet qui l’entreprend. L’exigence d’auto-objectivation relève également d’une nécessité éthique et déontologique : la neutralisation, non seulement analytique, mais aussi axiologique des biais attachés à la position du scientifique (ses prénotions et ses préjugés).

La reconnaissance de la nécessité et de la primauté de l’auto-analyse dans le procès scientifique entraîne alors un étonnement et une difficulté. L’étonnement tient à ce qu’en dépit de son importance, force est de constater que, dans la recherche comme dans l’enseignement, l’auto-analyse est rarement pratiquée. Il est vrai qu’elle est recommandée dans certaines disciplines : la psychanalyse, la sociologie et l’anthropologie notamment. Mais elle ne l’est pas dans toutes : en particulier, elle ne l’est pas en philosophie. Quand elle l’est, il semble de plus : qu’elle ne le soit pas systématiquement ; qu’elle ne le soit pas non plus intrinsèquement, c’est-à-dire qu’elle demeure à part du résultat scientifique ; qu’elle ne soit pas codifiée méthodologiquement ; et qu’elle soit réalisée quasi-exclusivement au sein de chaque discipline, c’est-à-dire sans interdisciplinarité. Ce constat justifie à notre sens une interpellation de la communauté scientifique.

La reconnaissance de la nécessité et de la primauté de l’auto-analyse dans le procès scientifique entraîne également une difficulté, qui concerne la possibilité même de l’auto-analyse : une telle position de neutralité est-elle accessible ? Le scientifique en général, le spécialiste des sciences humaines et sociales en particulier, peut-il parvenir à se dégager totalement de l’appartenance à son objet d’étude ? Son savoir peut-il ne pas être situé ? Inversement, une telle difficulté, voire impossibilité, de l’auto-objectivation doit-elle conduire à se défaire de l’exigence scientifique d’objectivité ?

Ce triple constat, non seulement en France mais à l’échelle internationale, de la primauté scientifique, de la rareté en fait et de la difficulté épistémologique de l’auto-analyse constitue la raison principale du projet d’un colloque interdisciplinaire et international sur le thème « Auto-analyse et objectivité scientifique », et forme ce que nous proposons d’appeler « le problème de l’auto-objectivation ».

Téléchargez l’argumentaire et le programme

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Séminaire IVI (Idée, vérité, image) – 20 mai 2016

Seminaire_20mai2016Séminaire IVI (Idée, vérité, image) : 20 mai 2016, SJA3 en salle plate 031, de 9h30 à 12h30

 

Programme :

Alain GIBOIN (INRIA)
« Les graphes comme outil d’acquisition et d’exploration des connaissances »
Alain GUERREAU (Ecole des Chartes)
« Rôle des graphiques dans l’exploration ».

 

 

 

Contenu :

Le 9ème séminaire IVI (Idée, vérité, image) sera consacré à Images, graphiques et graphes en sciences humaines. Les deux conférences (A. Giboin, psychologue-ergonome, INRIA et A. Guerreau, historien, CNRS-EHESS) porteront sur les enjeux des représentations graphiques et des modes de visualisation (cartes, schémas, graphiques, figures, graphes), qui jouent un rôle considérable pour la formalisation des connaissances, dans les écrits scientifiques, particulièrement dans l’analyse des sociétés et de leurs productions. Instrument rhétorique (pour l’expression et la communication des idées), symptôme épistémique (dans le champ de production et de réception des données scientifiques), modèle de représentation des connaissances, outils heuristique (pour l’appréhension par l’image de nouvelles dimensions), la représentation graphique sous ses diverses formes développe aussi une mode de réflexion (visual thinking) et un type d’assertion et de validation particulière des “vérités” scientifiques.NB : Le séminaire réserve une place importante aux échanges et à la discussion à l’issue des deux conférences.
Voir la collection HAL pour IVI :  https://hal.archives-ouvertes.fr/IVI/
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Séminaire « Lumières et libéralisme » – 7 juin 2016

Lumières et libéralisme  Ce séminaire de l’axe 3 se déroulera en salle 128, le 7 juin, à partir de 14h. Il s’inscrit dans le cadre du programme « Le libéralisme dans tous ses Etats ».

Résumé :


 Bien qu’il soit anachronique de parler de libéralisme au siècle des Lumières, il est incontestable que les différentes formes de libéralisme, qui émergent au XIXe siècle, plongent leurs racines dans les débats qui animent tout le XVIIIe siècle. Or, de tels débats ne sauraient être interprétés à travers le prisme simplificateur d’une dichotomie traditionnelle opposant libéralisme et interventionnisme. La grande diversité des idées, des concepts et des arguments avancés laissent entrevoir au contraire les prémisses de formes distinctes de libéralisme qui s’épanouiront au siècle suivant au gré des soubresauts politiques et sociaux. Dans cette perspective, l’objet de ce séminaire est d’aborder plus spécifiquement la question du libéralisme de l’école physiocratique et celle de la critique du despotisme à travers l’opposition de Montesquieu à John Law.

 

Programme :


14h00 : Bienvenue et introduction

14h15 : Catherine LARRERE (Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne)

« Les ennemis de la liberté : Montesquieu, John Law et la critique du despotisme ».

15h00 : Jean CARTELIER (Université de Paris-Ouest, EconomiX)

« L’anti-colbertisme n’est pas (toujours) un libéralisme : l’exemple de Quesnay ».

15h45-16h00 : Pause

16h00 : Joël Thomas RAVIX (Université de Nice Sophia Antipolis, GREDEG)

« Contre les colbertistes et les anglomanes : Du Pont de Nemours et la liberté du commerce extérieur ».

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Conférence « Patriarcat et résistance des femmes au Maroc 1890-1990 » – 29 avril 2016

La conférence aura lieu en salle 128, à 14h, à la MSHS. Invité de la conférence dans le cadre de l’axe 3 : Chouki El HAMEL d’Arizona State University.
Discutant : Xavier Huetz de Lemps (CMMC)

Résumé de l’intervenant :


Ma recherche propose d’étudier les discours sur la citoyenneté et l’égalité de genre dans leur contexte historique de la réalité marocaine des années 1890 aux années 1990.  Je veux examiner les questions suivantes : Comment les rencontres politiques dans les contextes coloniaux et postcoloniaux obscurcissent les confluences culturelles et les structures sociales ? Je vais explorer cette question en analysant les propositions suivantes : 1) les interventions parrainées par l’Etat colonial obscurcissent, déplacent ou sinon suppriment les rencontres significatives entre les peuples ; 2) les anciens états coloniaux qui sont souvent en connivence avec les gouvernements postcoloniaux, créent des relations de pouvoir néocoloniales qui manipulent ou corrompent la vie économique, sociale et culturelle de la post-colonie ; 3) l’amalgame entre la culture des sociétés coloniales et postcoloniales encourage les odieuses théories du « choc des civilisations » ; 4) de même, le fait d’obscurcir ou de confondre les cultures des sociétés coloniales et postcoloniales nourrit et justifie les revendications des radicaux colonisés qui pensent que les idées occidentales doivent être rejetées ou combattues à cause de leur association avec le colonialisme.  Donc, l’idée de la « méconnaissance » est au cœur de ces interrogations. La méconnaissance n’est pas simplement une erreur ou un malentendu ; c’est un processus par lequel l’erreur, promulgué par les intérêts des puissances néocoloniales et des mouvements radicaux, est reconnue comme une facette essentielle de la connaissance, celle qui peut être déployée dans la résistance au pouvoir.  Mon étude portera sur de nouvelles manières de découvrir les erreurs et événements cruciaux dans les grands tournants de l’histoire du Maroc qui avaient empêché la réalisation de l’application des droits de citoyenneté, en s’appuyant sur les richesses de l’histoire orale, analyse littéraire et culturel (théorie postcoloniale en particulier et théories historiciste de la représentation), et l’analyse historique de la société et de la transformation sociale.

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Séminaire « La philosophie économique et la question de l’altérité » – 14 mars 2016

Organisé dans le cadre l’axe 3 de la MSHS « L’Europe et ses ‘Autres’ » et de l’axe interdisciplinaire « Histoire des idées, des sciences et des arts », ce séminaire se propose d’explorer comment la philosophie économique contribue à une meilleure compréhension des fondements des systèmes et des doctrines économiques, et les interactions entre économie, philosophie et anthropologie.


Programme :
14h : Bienvenue et introduction

14h15 : François Régis MAHIEU, Fonds pour la Recherche en Ethique Economique, « Une approche anthropologique de l’économie »
Les relations entre l’économie et l’anthropologie ont été particulièrement conflictuelles. Ce texte montre les apports de l’anthropologie à l’économie notamment les élargissements liés à la prise en compte de la personne comme sujet de l’économie et de ses propriétés, notamment responsabilité, vulnérabilité et souffrance. L’ouverture s’effectue aussi en admettant un spectre des valeurs, et implique une remise en cause de l’hédonisme.

14h45 : Damien BAZIN, GREDEG, Université Nice Sophia Antipolis, « Liberté, responsabilité et économie de la personne ».
Résumé : Liberté, responsabilité et économie de la personne tente de développer les notions imbriquées de personne, de responsabilité et de liberté en économie ; certes mais aussi en philosophie morale et politique. Il est question de réconcilier la rationalité de l’individu et la morale de la personne. Cette communication livre une réflexion méthodologique (phénoménologie versus kantisme) dans le but de ré-humaniser la personne (au travers de ses actions mais aussi valeurs et normes qui créent autant de droits et obligations à hiérarchiser). Nous proposons une extension de l’approche par les capabilités, car il est particulièrement discuté la notion de liberté (elle ne renvoie pas à une rationalité de choix comme présentée par les défenseurs de Sen). L’approche des capabilités de Sen, admet la liberté comme prisonnière d’une liberté purement fonctionnelle. Une telle conception ne considère pas la capacité des personnes à s’auto contraindre moralement (responsabilité).

15h15-15h30 : pause

15h30 : Gilles CAMPAGNOLO, UMR GREQAM, « Une approche proprement philosophico-économique doit s’appuyer sur l’une et l’autre discipline »

La collection « E-conomiques » des Éditions Matériologiques, dirigée par Gilles Campagnolo, se donne pour tâche de mesurer le réel à l’aune de la pratique effective des sciences (observation, expérimentation, théorisation, modélisation, simulation). Elle veut pallier les confusions entre exactitude et formalisme, entre critique négatrice et critique comme distinction nécessaire entre bons et mauvais usages de la raison. La communication prendra pour exemples les parutions.
Le premier ouvrage de la collection fut ainsi, dix ans et une crise économique majeure après une première publication (aux PUF), l’ouvrage Critiques de l’économie politique classique, qui revenait, dans une version revue et augmentée, sur l’urgence d’interroger les sources des critiques du libéralisme classique afin d’évaluer la pertinence dans l’environnement contemporain, et mobilisait l’appareil conceptuel des “matrices” des théories critiques fournissant l’aune à laquelle juger des discours redevenus d’actualité.

16h00 : Philippe GRILL, AMSE (Ecole d’économie d’Aix-Marseille), « Vers une nouvelle éthique de la sollicitude au service du déploiement de la personne »

L’objectif de cette communication est de présenter quelques réflexions structurées dans le dernier chapitre du cinquième volume de mon Enquête sur les libertés et l’égalité : une approche philosophico-économique, paraissant actuellement aux éditions Materiologiques, intitulé : Vers une nouvelle éthique de la sollicitude au service du déploiement de la personne. Nous partirons de l’idée, somme toute banale, bien que refoulée par la plupart des économistes et des philosophes, que la fragilité, loin d’être transitoire, est proprement constitutive de l’être humain, son invariant anthropologique. Elle renvoie non seulement à la précarité biologique de l’existence humaine et à certaines incapacités chroniques, mais aussi aux différents types de relations qui s’installent entre les personnes. La violence, l’humiliation et l’exclusion subies n’affectent pas tant l’amour-propre que la confiance, le respect et l’estime que les personnes peuvent avoir d’elles-mêmes. Elles réduisent leur capacité à agir librement et à préserver correctement leurs intérêts. La souffrance sociale créée par la violence, l’humiliation et l’exclusion est bien de nature morale. La confiance en soi, le respect de soi et l’estime de soi sont alors des biens premiers que toute personne désire et qui doivent donc être garantis au niveau institutionnel. C’est à partir de cette conception de l’identité que nous croyons possible de reconstruire une éthique sociale s’appuyant sur le sol raboteux de la vie ordinaire qui n’abandonne personne.

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Colloque « Démodernisation : approches et perspectives » – 29 février/1er mars 2016

Ce colloque organisé par le CRHI et soutenu par l’axe 3 de la MSHS se déroulera en amphi 031, à la MSHS.


 Résumé :
Les théoriciens de la modernisation ont proposé tout au long du 20e siècle des modèles expliquant la transition progressive du «traditionnel» au «moderne». Cette transition devait comprendre, entre autres, la formation d’une identité nationale au lieu des identités tribales ou religieuses, l’augmentation de l’espérance de vie, la réduction des disparités socio-économiques, le développement des sciences et des techniques, voire une ouverture vers l’accomplissement de soi. On croyait la modernisation irréversible. Or, aujourd’hui les signes du processus inverse sont partout. Ce phénomène – ”démodernisation” – se manifeste dans la dégradation durable des conditions matérielles, culturelles, hygiéniques etc. dans les sociétés jadis modernisées ainsi que par un retour aux modes de vie et aux identités traditionnels. « Démodernisation » signifie alors régression selon les critères communément acceptés et énoncés dans les théories de la modernisation. La modernisation pourrait être renversée par des pressions internes et externes. Si auparavant on la considérait plutôt comme un droit universel, la modernisation est devenue actuellement un privilège réservé à certains pays tandis que d’autres, qualifiés de « voyous » ou autrement récalcitrants, se voient refuser ce droit. La démodernisation pourrait expliquer des changements au sein de nombre de sociétés telles les anciennes républiques soviétiques, la Lybie ou l’Irak, où elle est frappante. La notion de émodernisation aiderait à mieux comprendre le monde contemporain qui connait non seulement la décroissance économique et la montée des inégalités ; le monde contemporain fait face à un nouveau type de conflit, comme par exemple ceux impliquant le soi-disant État islamique, qui incarnerait la démodernisation politique avec ses références à des droits octroyés par Dieu. La modernisation et la démodernisation ne sont pas nécessairement exclusives; les deux peuvent avoir lieu simultanément, se stimuler mutuellement, produire des formes hybrides ou coexister, quoique difficilement, dans le même pays. Il suffit de penser à l’exploitation impitoyable lors de l’industrialisation en Occident ou au rôle du Goulag dans la modernisation stalinienne. Quels sont les principaux protagonistes de la démodernisation? Est-ce que ce phénomène a certains traits communs malgré les différents contextes et milieux où il se manifeste? Quelles sont les forces motrices et les conditions propices de la démodernisation? Quels sont ses protagonistes dans les secteurs public et privé ? Enfin, est-ce que le concept de démodernisation peut servir d’outil analytique et épistémologique ? Ou est-il plutôt un outil descriptif ouvrant la voie à d’autres paradigmes?

Programme du colloque :

Session 1. Introduction.

RABKIN Yakov, « Démodernisation à l’échelle internationale  »
GAUTERO Jean-Luc, »Quelle modernité ? Quelle démodernisation ? »
SHELEPAYEV Nari, « Wild 1990s : Demodernization or a Failure of Neoliberal Order »

Session 2. Conceptual Issues

MATVEEV Alexander, « Demodernization in Russian Orientalist Discourse »
BALCEROWICZ Piotr, « Modernization, Demodernization and Individual Autonomy »
COCHARD Bernard, « Démodernisation et décroissance »
QUINTERN Detlev, « Dememorization of Ontological Embedded Modernization in Iraq »
IURATO Giuseppe, « Rigidity of the Generalized Other, unilaterality of the Otherness, and demodernization

Session 3. Case Studies

VAN WYK Jo-Ansie, « Demodernization and democratization: Traditional leaders in post-apartheid South Africa »
LAUN Maximilian, « Island of Formentera, 1970-2000 : Tourism and Limits to Growth »
ZINBERG Yakov, « Demodernization in Japan and Russia in the Light of Modernization Theories »
MINAKOV Mikhail, « The post-Soviet transition: Modernity and De-Modernization »

Session 4. Études de cas (en français)

GENEQUAND Philippe, « La « modernité gouvernementale » de la fin du Moyen Âge :tentatives de définition »
LANOUE Guy, « Demodernisation in Abruzzo, Italy : Politics of Modernisation and Reinvention of Tradition »
BAUER Olivier, « Is Demodernized Protestantism less or more Modern? »
RIVERA Amaro, « Francisco, Les ruines de l’expansion capitaliste au nord du Chili »

Session 5. Middle East

SALEM Walid & RATROUT Iman, « The creation of the demodernized Palestine » (1917-1948)
AMOR Meir, « Tension between National Rights and Human Rights in Israel »
SEGUIN Michaël, « Israël : Avant-garde de la démodernisation politique? »
HAMZA Dyala, « D’une démodernisation à l’autre ? Impérialisme tardif et nationalisme autocratique en Egypte »
SUZUKI Hiroshi, « Modernization and Demodernization after the Iran-Iraq War (1980-88) »

Session 6. Larger Islamic World

POPOV Vsevolod, « Modernization vs. Demodernization in Sudan »
ANDREYEV Sergey, « Traditionalism and Demodernization in Afghanistan »
TAMURA Airi, « Demodernizing Self Identity: From the Experiences of Jew in Djerba, Tunisia »
DUHAMEL Luc, « Démodernisation au Daguestan. »

Concluding Lecture

Program

 

FEBRUARY 29, 2016

09:15 – 10:15

Opening Address: Pierre-Yves Quiviger

Keynote Address, Yakov Rabkin, Demodernization: Transnational Perspectives

Session 1, 10:15 – 12:15

Philippe Genequand, La « Modernité Gouvernementale » de la Fin du Moyen Âge : Tentatives de Définition

Olivier Bauer, Is a Demodernized Protestantism Less or More Than Modern?

Jean-Luc Gautero, Quelle Modernité ? Quelle Démodernisation ?

12:15 – 13:45 Lunch Break

13:45 – 15:45, Session 2

Meir Amor, Demodernization Within Modernization: Tension Between Collective National Rights and Individual Human Rights

Bertrand Cochard, Démodernisation et Décroissance

Guiseppe Iurato, Rigidity Of The Generalized Other, Narrowness of The Otherness And Demodernization in The Framework of Symbolic Interactionism

16:00 – 18:00, Session 3

Hitoshi Suzuki, Two Contrasting Processes After The Iran-Iraq War (1980-88): One Toward Modernization, The Other Toward De-Modernization

Detlev Quintern, Dememorization Of Ontological Embedded Modernization

Iraq – A Case Study

Dyala Hamzah, D’une dé-modernisation à l’autre ? Impérialisme tardif et nationalisme autocratique en Egypte

 

MARCH 1, 2016

09:00 – 11:15, Session 4

Guy Lanoue, Demodernisation in Abruzzo: How Modernization Produced Tradition

Jo-Ansie Van Wyk, Demodernization and Democratization: Traditional Leaders in Post-Apartheid South Africa

Francisco Rivera Amaro, ‘Boom-and-Bust’ Minier Au Nord Du Chili : Les Ruines De l’Expansion Capitaliste Du XXe Siècle

11:30 – 13:45, Session 5

Nari Shelekpayev, Astana, 1992-2002, A Response to Demodernization

Mikhail Minakov, Post-Soviet Demodernization

Luc Duhamel, Modernisation et Démodernisation au Daghestan

13 :45 – 15 :00 Lunch Break

 

15:15 – 17:00 Final Discussion

 

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Conférence sur la citoyenneté et la laïcité – 25 mars 2016

Jean-Luc Primon et Rania Hanafi proposent la rencontre de Jean Baubérot (historien) et d’André Tosel (philosophe) pour un débat autours des questions de la laïcité. Si les principes de la laïcité sont relativement simples à formuler, leur interprétation et leur application ne peuvent être séparées de l’analyse des situations concrètes et des modifications qui font époque. C’est dans la perspective d’une lecture multifactorielle que Tosel analyse ce principe au regard de la colonialité. Avec les attentats, Baubérot met en évidence une ligne de fracture politique de la laïcité. Comment sortir de cette impasse (2015) ? Quels sont les enjeux du processus de laïcisation dans la mondialité comparativement à celui de sécularisation ? Il apparaît essentiel de permettre aux étudiants (UNS) et aux futurs fonctionnaires (ESPE), de porter un regard éclairé, mais non moins critique, sur la laïcité en leur apportant des éléments de réflexion par une approche pluridisciplinaire. C’est tout l’intérêt de permettre ce débat stimulant.

La journée se déroulera de 9h00 à 12h30, en amphi 031 à la MSHS Sud-Est.

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8ème séance du séminaire IVI – 29 janvier 2016

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4ème rencontre du groupement RES-HIST – 22-24 septembre 2016

Dans le cadre de l’axe 3 « l’Europe et ses ‘Autres’ », des journées d’étude sont organisées en amphi 031, sur le thème « Retour aux sources », avec le concours du Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, Nice  http://cmmc-nice.fr/ et le soutien du groupement RES-HIST  http://reshist.hypotheses.org/

Téléchargez le programme RES-HIST4-Retour aux sources

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7ème séance du séminaire IVI : Idée Vérité Image – 11 décembre 2015

IVI_Seminaire_11122015

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Journée d’étude « Histoire des mots, histoire des choses – Méthodes en histoire des idées » – 9 décembre 2015

L’axe 3 de la MSHS Sud-Est organise le 9 décembre 2015 une journée d’étude « Histoire des mots, histoire des choses – Méthodes en histoire des idées », de 9h à 17h, dans l’amphi 031 du bâtiment recherche.
Cette initiative est placée sous la responsabilité scientifique de Richard ARENA (GREDEG), Pierre-Yves QUIVIGER (CRHI) et Damon MAYAFFRE (BCL).

Résumé :


Il s’agit de réaliser un état des lieux des méthodes en histoire en idées. Qu’il s’agisse de l’histoire conceptuelle, de l’histoire culturelle, de l’histoire intellectuelle, de l’histoire de la pensée économique, de l’histoire des sciences, de l’histoire de la philosophie, de l’histoire du droit ou de l’histoire des idées politiques, une difficulté majeure que l’historien des idées doit affronter est celle de l’identification épistémologique de son objet spécifique qui se présente à l’examen historique sous la forme de discours, de corpus linguistiques (qu’ils se présentent sous format traditionnel d’archives papier ou sous format contemporain d’archives numériques). Entre une approche « platonicienne » naïve qui verrait dans les mots les simples véhicules neutres d’idées vivant dans un monde parfaitement autonome et indépendant, et, a contrario, une approche intégralement relativiste de « l’intraduisible » aboutissant à l’hypothèse qu’il n’y aurait rien derrière les mots, ou plus exactement rien de séparable des manières de formuler, il convient de déterminer avec rigueur, par la confrontation internationale des méthodes scientifiques utilisées en histoire des idées, l’espace des possibles pour identifier le cheminement historique d’idées qui ne s’épuisent ni dans l’abstraction conceptuelle ni dans la matérialité linguistique.

Programme :


9h-9h30 – Pierre-Yves Beaurepaire (PR d’histoire moderne, Nice, CMMC) – Discutant : Eric Picholle (chercheur au CNRS en sciences physiques, CNRS Nice, UMR LPMC)
10h-10h30 – Pascal Bridel (PR de sciences économiques, UNIL, Lausanne, Centre Walras-Pareto) – Discutant : Sandye Gloria-Palermo (PR en économie,  UNS, Nice, UMR GREDEG)
11h-11h30 – Richard Arena (PR de sciences économiques, UNS, Nice, UMR GREDEG, directeur-adjoint de la MSHS ‘Sud-Est’) – Discutant : Jean-Marc Lévy-Leblond (PR émérite de sciences physiques et épistémologue, UNS, Nice)

12h30 – Buffet

14h-14h30 – Graziano Lingua (PR de philosophie, Université de Turin-Cuneo, directeur du CESPEC) – Discutant : Ugo Bellagamba (MCF d’histoire du droit et des institutions, Nice, ERMES)
15h-15h30 – André Lapidus (PR de sciences économiques, Université Paris 1, PHARE) – Discutante : Muriel Dalpont (PR de sciences économiques, Nice, UMR GREDEG)
16h-16h30 – Pierre-Yves Quiviger (PR de philosophie, Université de Nice, directeur du CRHI) – Discutant : Arnaud Zucker (PR de langue et de littérature grecques, Nice UMR CEPAM)

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Journée d’étude « Les catégorisations raciales. Justification savantes, usages politiques et productions épistémologiques » – 12 février 2016

L’axe 3 vous propose une journée d’étude sur « Les catégorisations raciales. Justifications savantes, usages politiques et productions épistémologiques », dans l’amphi 031 de la MSHS, le 12 février 2016, de 10h à 17h.


Résumé :

À l’heure où certains auteurs rendent compte de l’émergence d’un « nouveau paradigme de la race » et du retour du concept biologique de « race » [1], de la création de programmes de santé réservés aux Noirs dans l’Amérique contemporaine[2] et des nouvelles pratiques telles que les tests d’ascendance génétique[3], une mise en perspective sur le temps long et une approche critique telles que peuvent les proposer les sciences humaines apparaissent comme un détour salutaire pour mieux appréhender la complexité de cette notion[4] et les enjeux autour de son dépassement[5].

Cette journée d’étude a pour objectif de lancer une réflexion interdisciplinaire à la croisée de la philosophie, de l’histoire et de la sociologie sur les mécanismes de production du concept de « race » ou, plutôt, de ses contours successifs. Par-delà la diversité des approches et des méthodes, les liens entre savoir et pouvoir ont été depuis plus d’un demi-siècle un champ d’investigation privilégié par ces trois disciplines. Parce que le dialogue entre ces expertises pourrait contribuer à comprendre la longévité et la ductilité de cette modalité de catégorisation des individus et d’ordonnancement des populations par la « race », cette journée d’étude propose d’explorer les imbrications entre productions savantes et usages politiques des catégories raciales.

Il s’agira d’interroger la manière dont l’ancrage dans des contextes historiques et géographiques donnés participent de la construction de régimes d’altérité spécifiques, tout en étant attentif aux effets de la circulation des savoirs et des politiques de la « race » entre les métropoles et les colonies, entre les empires et entre les États-nations, entre l’Europe et les Amériques. À la lumière des différentes études de cas exposées durant cette journée, nous tenterons aussi de comprendre les modalités selon lesquelles certains de ces différents régimes d’altérité ont pu dans le passé ou peuvent aujourd’hui être travaillés par des rapports de dominations qui visent à imposer comme point de vue universel des conceptions particulières de la « race »[6].


[1] Doron Claude-Olivier et Lallemeand-Stempak Jean-Paul, « Un nouveau paradigme de la race ? », La vie des idées, Mars 2014 ; Doron Claude-Olivier, « L’ascendance biogéographique : génétique des populations et généalogie des individus », in I. Luciani et V. Piétri (Éds), L’incorporation des ancêtres, Marseille, Presses universitaires d’Aix-Marseille, à paraître.

[2] Nelson Alondra, Body and Soul. The Black Panther Party and the Fight Against Medical Discrimination, Saint Paul, University of Minnesota Press, 2013 ; Peretz Pauline, « Race et santé dans l’Amérique contemporaine. Entretien avec Alondra Nelson », La vie des idées, Février 2012.

[3] Bliss Catherine, Race Decoded: The Genomic Fight for Social Justice, Stanford, CA, Stanford University Press, 2012 ; Bolnick Deborah A., « Individual ancestry inference and the reification of race as a biological phenomenon », in B. A. Koenig, S. Soo-Jin Lee et S. S. Richardson (Éds), Revisiting race in a genomic age, Rutgers University Press, 2008, p. 70-89 ; Jordan Bertrand, L’humanité au pluriel. La génétique et la question des races, Paris, Le Seuil, 2008.

[4] Schaub Jean Frédéric, Pour une histoire politique de la race, Paris, Le Seuil, 2015.

[5] Bessone, Magali, Sans distinction de race ? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques, Paris, Vrin, 2013 ; Peretz Pauline (ed.), L’Amérique post-raciale ?, Paris, PUF, 2013.

[6] Bourdieu Pierre et Wacquant Loïc, « Sur les ruses de la raison impérialiste », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 121-122, Mars 1998, p. 109-118.


 

Programme :

10h00 : Bienvenue et présentation

10h20 : Francisco Bethencourt (Department of History, King’s College London)

Les races entre racisme et identité

11h10 : Elsa Dorlin (Université Paris 8 – UMR/LABTOP-CRESPPA)

L’invention du mâle dominant – racisme, sexisme et naissance de la primatologie

12h00 : Magali Bessone (Université de Rennes 1, IUF)

Les focales de la catégorisation raciale et la théorisation de la justice

13h00-14h00 : Buffet

14h00 : Cécile Vidal (EHESS, CENA/Mondes Américains UMR 8168)

Perspectives modernistes sur les rapports entre l’histoire sociopolitique et l’histoire intellectuelle de la race de part et d’autre de l’Atlantique

14h50 : Paul Schor (Université Paris Diderot, LARCA UMR 8225)

La « nationalité » des statistiques raciales, le cas des Etats-Unis

15h40 : Elisabeth Cunin (IRD, URMIS UMR 8245 – 205)

Le métissage en Amérique latine entre racisme et antiracisme

16h30 : Discussion finale


Résumés des communications :

Francisco Bethencourt (Department of History, King’s College London) : Les races entre racisme et identité.Le mot « race » a une utilisation instable. Il désigne d’abord, au Moyen Age, les lignages nobles, pour descendre après dans l’échelle sociale, en étant appliqué, dans la Péninsule Ibérique, aux convertis d’origine juive ou musulmane pour indiquer une « tache » de sang, ensuite aux noirs d’origine africaine, au dix-huitième siècle aux femmes et, finalement, au dix-neuvième siècle, aux nations. Entretemps, les théories des races du dix-huitième et dix-neuvième siècles avaient renforcé une hiérarchie des races liée aux continents, déjà esquissée au seizième siècle, qui permettait aux Européens d’affirmer leur prétendue supériorité et de justifier leurs projets d’expansion.

La classification des races a renforcé les pratiques racistes préalables, mais elle a aussi favorisé une intériorisation de l’infériorité physique et/ou mentale par les populations subjuguées. Des populations qui n’avaient jamais eu des rapports étroits entre elles se sont vues agglutinées, mais le fait que la classification des entités coloniales a été en partie assimilée para les populations colonisées ou menacées de colonisation pose des problèmes. Le premier concerne le renversement d’une classification hiérarchique qui vise la subordination. Elle peut être utilisée comme forme d’affirmation d’identité collective ou d’une lutte commune contre, justement, l’exploitation coloniale ou postcoloniale. Les mouvements panafricains et pan-asiatiques expriment ces projets de résistance au vingtième siècle. Le mouvement des Afro-américains va encore plus loin, puisqu’il affiche la même notion de race qui les avait infériorisés pour exprimer leur identité (le « désir » de race) et pour dénoncer toute forme d’oppression. Le deuxième problème concerne l’identité ethnique, qui échappe en partie aux grandes classifications de race, comme dans le cas du peuple juif, dont la perpétuation historique peut être liée aux formes de persécution subies.

 

Elsa Dorlin (Université Paris 8 – UMR/LABTOP-CRESPPA) : L’invention du mâle dominant – racisme, sexisme et naissance de la primatologie

En 1950 et 1951, une vingtaine de scientifiques de renommée internationale s’attèlent aux « Déclarations sur la race et les différences raciales » sous l’égide de l’Unesco. Ces textes doivent être considérés comme la démonstration non pas tant de l’invalidation scientifique de la race et de la différenciation raciale de l’espèce Homo Sapiens, mais de sa stricte délimitation au profit des variations environnementales et culturelles liées à la conceptualisation de « groupes ethniques ». Parmi les rédacteurs du second texte, celui de 1951, davantage centré sur l’anthropologie physique et la génétique humaine (quand celui de 1950, notamment signé par C. Lévi-Strauss, rassemblait plutôt des anthropologues et des sociologues), on trouve Solly Zuckerman. Inspiré par Totem et Tabou et l’idée d’une histoire pré-civilisationnelle de la sexualité, le pathologiste et taxinomiste Solly Zuckerman est réputé pour ses travaux sur les primates et notamment pour l’étude qu’il a menée sur une colonie implantée de babouins au Zoo de Londres en 1925 – dont Donna Haraway consacra un long commentaire dans son livre majeur Primate Visions publié en 1992.

Devenu l’un des grands théoriciens de la théorie du « mâle dominant » et de l’idée selon laquelle la « compétition pour les femelles » et « la coopération des mâles » sont structurées par une système hiérarchique fondé sur la domination d’un seul, Zuckerman en fait la condition de possibilité de toute société et la condition continuée de la coopération pacifiée entre les groupes humains. Personnage tragique d’une analogie universelle pour penser l’histoire de sociétés humaines originellement « patriarcale », le Babouin – et plus largement les grands singes observés par la primatologie à partir de l’entre-deux-guerres, puis dans les années cinquante, soixante et soixante-dix – permet ainsi de théoriser un ordre sexuel pré-civilisationnel, condition de la sociabilité et de la non-conflictualité des sociétés.

Cet exposé entend souligner l’importance que joue la primatologie dans les mutations du discours sur la race et le sexe à partir du milieu du XXe siècle : nous ferons l’hypothèse de l’émergence d’un patriarcat fonctionnel (ou d’un ordre sexuel hiérarchique) dans les discours savants contemporains, qui devient, au cours du XXe siècle, la condition de possibilité de la pacification des sociétés humaines en général et, en particulier, de l’éradication du racisme. En témoigne le fait que, dans la rhétorique des rédacteurs de la déclaration de 1951, l’idée de l’organisation hiérarchique axée sur la domination d’un mâle est largement mobilisée pour affirmer qu’en son absence, les sociétés humaines développent des tendances à s’entretuer. Le racisme est ainsi invalidé non pas tant au nom du caractère idéologique du concept de race, mais comme le symptôme de sociétés humaines désorganisées et dysfonctionnelles en matière de hiérarchie sexuelle.

 

Magali Bessone (Université de Rennes 1, IUF) : Les focales de la catégorisation raciale et la théorisation de la justice

La question des jeux d’échelle est largement débattue depuis une vingtaine d’années en histoire. Comme l’affirme Romain Bertrand[1], il ne s’agit pas cependant de reproduire la querelle de l’histoire globale comme prétention à l’omniscience contre la micro-histoire comme prétention à la description compréhensive, de jouer « l’astronomie » contre « l’entomologie ». Parlant en termes de « focale » plutôt que d’« échelle » et d’histoire connectée plutôt que d’histoire globale, il souligne ainsi « qu’il n’existe pas de ‘global’ comme niveau autonome d’analyse mais seulement des ‘connexions’ établies, habitées, réfléchies par les acteurs eux-mêmes » (54) que l’histoire a pour fonction de mettre au jour. Cette réflexion sur la discipline historique me conduit à poser deux questions, l’une conceptuelle, l’autre méthodologique, à la philosophie politique lorsqu’elle se préoccupe d’injustices raciales.

Sur le plan conceptuel, comment de telles modifications de focale « travaillent-elles » l’objet « race » dans nos analyses philosophiques ? Et que dit sur notre exigence de justice sociale en situation de discriminations la prise en compte d’une histoire de la construction différenciée du concept de race, selon qu’on le considère comme potentiellement explicatif globalement ou devant être expliqué localement ? Étudier la généalogie du concept de race en le situant dans les discours qui le mobilisent fait apparaître la contingence de ce concept, ce qui à son tour a un effet à la fois sur la « provincialisation » croissante de l’Europe et sur l’ajustement de la focale d’explication des injustices liées à des identifications et assignations raciales. On passe d’une problématisation des inégalités socio-politiques à partir de la nature anthropologique de l’homme à leur problématisation par des pratiques socio-politiques spécifiques, faisant intervenir des concurrences entre autorités locales, régionales, nationales, internationales.

Cependant, sur le plan de la méthode, si le discours philosophique, ancré dans les jugements et les catégories des acteurs, peut alors espérer fournir un modèle descriptif de la réalité sociale et des inégalités raciales, peut-il encore servir l’ambition normative cohérente d’une « théorie de justice » ? Aborder la question de la justice par le diagnostic des injustices sociales telles qu’elles sont perçues par les acteurs, couplé à l’analyse historique et empirique de la catégorisation et la discrimination raciales, permet-il d’aller au-delà d’une critique sociale qui ne se soucie pas des principes – mais quelle place alors pour la normativité ? La philosophie politique peut-elle renoncer à fournir le critère selon lequel la catégorisation raciale est souhaitable ou non, certaines inégalités raciales sont injustes et d’autres non ? J’aborderai ces deux questions, conceptuelle et méthodologique, tour à tour dans ma présentation.

 

Cécile Vidal (EHESS, CENA/Mondes Américains-UMR 8168) : Perspectives modernistes sur les rapports entre l’histoire sociopolitique et l’histoire intellectuelle de la race de part et d’autre de l’Atlantique

Cette communication plaidera pour une meilleure prise en compte de l’histoire de la période moderne afin de considérer différemment les imbrications entre productions savantes et usages politiques des catégories raciales, tant par les acteurs historiques que par les chercheurs en sciences sociales, entre les États-Unis et la France. En premier lieu, l’affirmation selon laquelle le racisme actuel dans chacun de ces deux pays aurait partie liée avec des héritages historiques très différents, d’un côté l’esclavage et la ségrégation et de l’autre la colonisation, ignore l’histoire commune que l’Europe, l’Afrique et les Amériques partagèrent entre le XVIe et le XIXe siècle. Les mondes atlantiques, formés par la multiplication et l’intensification des connexions entre les trois continents, se distinguaient par les effets croisés de l’impérialisme, du colonialisme et de l’esclavagisme. Ce sont ces trois phénomènes liés que la mise en place d’ordres raciaux sur les deux rives de l’Atlantique vint légitimer et soutenir. Plutôt que d’adhérer à un exceptionnalisme négatif qui mettrait à part l’Amérique du Nord anglaise puis britannique, les historiens des mondes atlantiques à la période moderne tendent dorénavant à examiner la place jouée par la race dans l’ensemble des sociétés américaines sans solution de continuité, les différences existant entre elles étant alors de degré plutôt que de nature.

Les processus de racialisation qui se développèrent au sein des mondes atlantiques dès le XVIe siècle permettent, en outre, de questionner la propension de nombre de chercheurs en sciences sociales à penser les justifications savantes de la race comme premières devant les usages politiques du concept. La période moderne s’en trouve réduite à celle de la préhistoire ou protohistoire de la race avant l’élaboration des premières théories philosophiques et scientifiques afférentes dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Pourtant, avant même 1750, plus de 4,7 millions d’Africains avaient déjà été déportés aux Amériques, tandis que les mariages mixtes entre blancs et noirs étaient interdits dès 1691 en Virginie et 1724 en Louisiane française. La race n’est pas seulement ou premièrement un langage et une idéologie. Aussi est-il nécessaire, d’une part, de tenir compte de la multiplicité des acteurs impliqués dans la production, reproduction et transformation des ordres raciaux sans en faire un phénomène top down qui accorderait une place centrale aux seules élites politiques et intellectuelles, et, d’autre part, d’analyser plus finement les rapports complexes entre les conceptions et les politiques de la race, ainsi qu’entre les pratiques de catégorisation, classification et hiérarchisation et celles de discrimination, ségrégation et violence raciale.

 

Paul Schor (Université Paris Diderot , LARCA UMR 8225) : La « nationalité » des statistiques raciales, le cas des Etats-Unis

Les catégories raciales américaines servent souvent de référence dans les débats sur la construction des catégories et notamment pour les politiques publiques antidiscriminatoires dans le cas des statistiques. Cette question se pose aussi aux chercheurs en sciences sociales dans un contexte où les paradigmes circulent et où l’université américaine a tendance à être exportatrice de concepts et d’outils. Pour que ces circulations se passent, ces catégories sont souvent déhistoricisées et perçues comme flottantes ou applicables à d’autres contextes. Or l’histoire de leurs usages montre que depuis le 19e siècle les producteurs et utilisateurs américains de ces catégories, en premier lieu le bureau du recensement, ont inscrit leurs catégories dans une fiction naturaliste d’universalité. Revenir sur l’histoire de leur fabrication et des problèmes concrets posés par leur exportation à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle permet de montrer que si les statistiques raciales américaines s’inscrivent dans un contexte d’internationalisation des sciences sociales et de l’expertise, elles n’en restent pas moins profondément nationales et idiosyncratiques en ce qu’elles répondent à des demandes politiques propres au contexte américain et participent d’un projet de construction nationale. En rendant leur « nationalité » à ces catégories, cette communication invitera à réfléchir au rôle des appareils étatiques et des contextes nationaux dans la production des outils et méthodes des sciences sociales.

 

Elisabeth Cunin (IRD, URMIS UMR 8245 – 205) : Le métissage en Amérique latine entre racisme et antiracisme

L’Amérique latine est traditionnellement associée au métissage, considéré comme un dépassement des différences raciales, une fusion des « races » s’incarnant dans la figure du « mestizo ». Ce paradigme de la « démocratie raciale » a été mis en avant au niveau international, notamment en opposition avec le modèle étatsunien ou dans les politiques antiracistes mises en place par l’UNESCO à partir de 1945. Depuis les années 1970, ce régime d’altérité est contesté. Le métissage est désormais considéré comme un « mythe », qui cacherait la permanence de hiérarchies raciales et une idéologie du blanchiment. Le multiculturalisme (et plus récemment l’Etat plurinational) viendrait alors remplacer le métissage, en définissant la nation par ses différences et en appréhendant celles-ci en termes d’ethnicité. Ce « tournant multiculturel » est lui-même ancré dans le cadre néo-libéral qui s’impose à l’échelle globale depuis les années 1980. Je reviendrai dans cette communication sur le métissage, entre valorisation et contestation, en me centrant plus particulièrement sur le Mexique, modèle de ce métissage latino-américain, et sur la Colombie, laboratoire du multiculturalisme dans la région. Dans les deux cas, le politique et le scientifique sont en constante interaction, voire superposition. Il s’agira ainsi de s’interroger sur la place de la « race » dans des politiques nationales légitimées scientifiquement afin de nuancer l’opposition entre « color blind policies » et « race conscious policies », entre racisme et antiracisme



[1] Romain Bertrand, « Histoire globale, histoires connectées », in Le tournal global des sciences sociales, S. Dufoix et A. Caillé dirs., Paris, La Découverte, 2012.

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