Intégrer sans partager des valeurs : les limites de l’Europe des Universités

Arnauld LECLERC (Professeur de science politique, directeur de l’UMR Droit et changement social, Université de Nantes)

Colloque international « La construction européenne et ses apories », Nice, 29-31 janvier 2015, organisation MSHS Sud-Est, soutiens cercle condorcé 06, CRHI et CMMC,  Axe 3 : « L’Europe et ses autres »

Résumé :


Cette contribution se propose d’analyser les limites d’une intégration purement systémique des Universités à travers les exemples du processus de Bologne, du programme Erasmus, des différentes initiatives d’excellence en Europe avec leur logique de classement. A partir de la distinction proposée par Jürgen Habermas dans sa Théorie de l’agir communicationnel, il est possible de montrer que l’Europe des Universités se développe selon une logique purement fonctionnelle à partir de mécanismes systémiques privilégiant donc une coordination de surface. De tels mécanismes conduisent à une neutralisation et une marginalisation du jugement académique et obère la construction d’un nécessaire dialogue académique européen autour de l’idée d’Université. Pourtant, l’Europe offre d’importantes ressources intellectuelles pour engager un tel dialogue : du Conflit de facultés de Kant ou des écrits de Humboldt aux travaux contemporains de Jürgen Mittelstraß, de John Henry Newman aux travaux récents de Ronald Barnett, de Alain Renaut à Jacques Derrida, une réflexion profonde sur l’Université existe en Europe mais n’est pas mobilisée par la construction de l’Europe des Universités alors même que les résistances à cette construction sont aussi multiformes que nombreuses.

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