Deuxième séminaire du programme « Le libéralisme dans tous ses États : circulation des hommes et des idées en Europe (XVIIIe-XXIe) » – 24 avril 2015

2ème séminaire du programme « Libéralisme dans tous ses États : circulation des hommes et des idées en Europe (XVIIIe-XXIe) » .

Vendredi 24 avril – Amphi 031, de 10h à 12h, dans le bâtiment recherche de la MSHS.

Intervenants :

Pierre-Yves QUIVIGER (Pr. de philosophie, CRHI, Université Nice Sophia Antipolis). « Le libéralisme étatique de Sieyès : histoire des textes et histoire des idées »


Jacques GUILHAUMOU (Dir. de recherche émérite au CNRS en sciences du langage, UMR « Triangle », ENS/LSH Lyon). « L’idée d’Europe au prisme de la généalogie de la langue. Autour de Michel Foucault »

Résumé :


Dans ses Dits et écrits, Michel Foucault présente, en 1975, « le libéralisme bourgeois » comme « l’envers de la démocratie », dans la mesure il a pour fonction principale d’ « organiser le quadrillage des corps et des comportements » (II, 722). Mais c’est plus tardivement dans la présentation de son cours sur la « Naissance de la biopolitique » (1978 – 1979) qu’il précise ce qu’il entend par « le libéralisme » dans un sens moins restreint. Il écrit que « le libéralisme est à analyser comme principe et méthode de rationalisation de l’exercice de gouvernement », et qu’à ce titre il constitue « un instrument critique de la réalité », « une forme de réflexion critique sur la pratique gouvernementale » (III, 818 – 824). Présentement, notre objectif n’est pas discuter le contenu de ce cours sur l’art libéral de gouverner. Nous considérons plutôt l’hypothèse de travail suivante : dans la mesure où Foucault a achevé, à la fin des années 1970, de mettre en place sa méthode d’ensemble, l’archéogénéalogie, il peut formuler une approche extensive du libéralisme à partir d’une généalogie historique de l’idée d’Europe. En 1971, Michel Foucault, dans un article très connu sur « Nietzsche, la généalogie, l’histoire », définit les principes de provenance et d’émergence en matière de généalogie historique, sur une base kantienne et sa reformulation nietzschéenne. Archéologie du discours et généalogie de l’histoire se situent alors dans l’horizon historique d’une histoire universelle de l’Europe, avec une part dominante réservée à l’inventivité du Sujet. Michel Foucault considère que « l’inquiétude d’aujourd’hui » des citoyens européens porte non plus sur son inscription dans une temporalité historique, désormais ancrée dans nos manières d’être au sein d’une société perçue comme naturelle, mais sur les modes de présence de « l’espace du de hors » en nous-mêmes, espace tissé par le réel de relations instables, donc hétérogènes mais qui me revient dans mon regard comme un espace virtuel ouvert aux possibles. Une telle inquiétude n’est donc plus de l’ordre des espaces nationaux, elle a saisi l’espace européen et le regard que porte ses dirigeants sur les citoyens européens. C’est à ce titre nous proposons de fonder une pratique spécifique de lecture du discours européen sur des bases épistémologiques situées au plus près de l’archéogénéalogie. Notre exposé se présente en trois temps. En premier lieu, nous abordons la question classique et récurrente de la crise de la conscience européenne, sous un angle limité au trajet des humanistes de la Renaissance aux philosophes allemands. En second lieu, nous considérons la sémiotique de l’idée d’Europe, là encore dans un trajet des savants humanistes aux philosophes contemporains du langage. Ce n’est donc que dans un troisième temps, une fois posés de tels préalables historique et sémiotique, que nous abordons le problème du nouvel horizon épistémologique de l’idée d’Europe. Nous proposons alors de situer le principe épistémologique de l’analyse du discours européen dans une perspective néo-wittgenstienne et néo-sausurienne au sein d’une démarche empirique, c’est-à-dire au plus près des expériences langagières. A ce titre, il convient que l’analyse du discours européen soit intimement liée à l’histoire nominale et empirique de la conscience européenne, que nous esquissons sur la base épistémologique de la généalogie historique proposée par Michel Foucault.

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