L’expertise spatiale comme aide-mémoire pour l’encodage et la récupération d’informations verbales

Alessandro GUIDA (CRPCC – Université de Rennes 2)

Symposium «Extraction de régularités et de connaissances», Nice, 14 novembre 2014,  Axe 1 : «Cognition et coopération»

Résumé :


Deux structures fondamentales sont nécessaires afin de devenir expert : les chunks et les structures de connaissance. Les premières, plus primitives, correspondent à une forme de connaissance permettant de compresser en une seule unité plusieurs informations initialement distinctes. Les secondes, plus tardives, sont également appelées templates ou structures de récupération, il s’agit de super-chunks constitués d’une partie variable et d’une partie invariable. L’exemple le plus connu est la méthode des lieux. Si l’on demande à un utilisateur de cette méthode d’apprendre une liste de mots (par exemple: chien, clavier, …), il le fera en s’imaginant circuler mentalement dans des lieux connus (comme les pièces de sa maison par exemple). Il associera chaque mot de la liste à un lieu. Cette méthode revient donc à encoder des éléments à mémoriser en les associant à une information spatiale familière et distinctive : le chien dans la cuisine par exemple. On peut parler de « spatialisation des items ». La partie invariable, de la structure utilisée, est l’image mentale que l’utilisateur a des lieux et la partie variable est constituée par les mots à apprendre. Jusqu’à présent dans le domaine de la mémoire verbale, ce genre de structure était réservé, pensait-on, à des experts qui mettaient en place sciemment ce genre de méthode. Or il se pourrait que nous l’utilisions quasiment tous. Des collègues et moi-même avons montré que lorsqu’une suite de mots était donnée à mémoriser à des participants, les mots étaient spatialisés : les participants imaginent les éléments à mémoriser sur une ligne mentale, le premier élément complètement à gauche, le suivant un peu moins à gauche et ainsi de suite jusqu’au dernier, qui est imaginé complètement à droite. Cette ligne mentale ne serait pas innée, mais due à notre expertise spatiale, une conséquence de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Je propose que cette ligne mentale permette d’utiliser l’espace comme aide-mémoire et ainsi accroître nos performances mnésiques.

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