L’apport des analyses multifactorielles dans les déterminations chronologiques incertaines : le cas des gravures du mont Bego

Thomas HUET (UMR CEPAM, Nice)

2ème Table Ronde « Démarches, méthodes et approches de la connaissance incertaine », Nice, 28 juin 2013, MSHS Sud-Est, Saint-Jean d’Angély 3, Projet « Faire Science avec l’Incertitude », Axe 4 : « Territoires, systèmes techniques et usages sociaux »

Résumé :


Les gravures rupestres du mont Bego (Alpes-Maritimes), forment un système symbolique préhistorique de quelques 14 000 figures de bovidés, 4 000 représentations géométriques, 1 500 gravures d’armes et autres thèmes, concentrées dans une aire bien délimitée. Les spécialistes ne se mettent pas d’accord sur leur signification, ce que l’on peut simplifier en disant que l’interprétation des gravures reste incertaine.

Grâce à un travail dirigé depuis 45 ans par Henry de Lumley, le corpus quasi-exhaustif des gravures a été relevé et celles-ci peuvent être précisément étudiées à travers leurs dimensions iconographiques et spatiales. Les informations chronologiques absolues sont à ce jour impossibles et les indications d’antéro-postérité (superpositions) entre les gravures sont rares. L’étude des superpositions, compliquée par l’érosion des surfaces gravées, semble indiquer une périodisation des principaux thèmes avec des gravures d’armes, par exemple, plus récentes que des gravures géométriques. Telles que nous les voyons, les surfaces gravées subsument donc différents systèmes symboliques. L’incertitude liée à l’interprétation des gravures dépend donc, en premier, de leur chronologie.

Il semblait raisonnable de débuter l’étude des gravures par leurs aspects les mieux renseignés : en mesurant les relations/distances iconographiques et spatiales entre chacune d’entre elles. Les analyses multifactorielles (AF) permettent d’identifier des structures masquées par l’importance numérique des données. Quand il existe une structure d’ordre sur les individus et les variables, et que ces structures sont associées, le nuage de points prend une forme parabolique, appelée « effet Guttman » (Escoffier, Pagès 2008 p. 231). Cette mise en série des individus et des variables repose sur le postulat dit de « l’unimodalité des cycles de vie des objets » (apparition, déploiement, maximum de réalisation, décroissance, disparition définitive), ce que les archéologues appellent la typo-chronologie. Selon ce postulat, les objets, que l’on peut identifier à des individus statistiques, se succèdent en incorporant graduellement de nouveaux attributs (variables) et en perdant les plus anciens.

Je présenterai le cadre théorique et méthodologique (postulat et outils) de ma recherche sur les gravures. À partir d’exemples pris dans les gravures du mont Bego, je montrerai en quoi l’utilisation des AF peut permettre d’ordonner chronologiquement des objets dont les datations sont incertaines.

Bibliographie


– ESCOFFIER B., PAGES J., 2008, Analyses factorielles simples et multiples. Objectifs, méthodes et interprétation, Paris, Dunod, 318 p.

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