Projet « DevELitt – Développement socio-économique d’un espace littoral de l’Âge du fer à l’époque Moderne : interactions sociétés-environnement dans le territoire de Fréjus (Var, France) »

La basse vallée de l’Argens (Var, France), principal débouché maritime du territoire de la cité antique de Fréjus, est un paysage de construction récente, constitué au cours des 6 derniers millénaires sous l’effet conjugué de la stabilisation du niveau marin et des apports alluviaux de l’Argens. Afin de mieux comprendre le rôle des facteurs naturels et anthropiques dans les transformations de ce paysage littoral, nous proposons de retracer les modalités du développement socio-économique de ce territoire de l’Âge du fer à l’époque Moderne, en mobilisant des données archéologiques, textuelles, planimétriques, géomorphologiques et paléo-environnementales, permettant d’appréhender l’impact environnemental de l’occupation, de l’aménagement et de l’exploitation de cet espace. Fondamentalement interdisciplinaire, le projet associe des chercheurs en sciences historiques, sciences de la Terre et de l’environnement issus des MSH de Nice, Aix-en-Provence et Montpellier.

Partenaires : Frédérique BERTONCELLO (porteur du projet, UMR7264-CEPAM, MSHS Sud-Est, Nice) ; Sylvain BURRI, (UMR 7298-LA3M, MMSH, Aix-en-Provence) ; Claire DELHON (UMR7264-CEPAM, MSHS Sud-Est, Nice) ; Benoît DEVILLERS (UMR 5140-ASM, MSH Montpellier, Lattes) ; Daniel FAGET (UMR 7303- TELEMME, MMSH, Aix-en-Provence) ; Marie-Jeanne OURIACHI (UMR7264-CEPAM, MSHS Sud-Est, Nice) ; Louise PURDUE (UMR7264-CEPAM, MSHS Sud-Est, Nice).

Financements : PEPS interdisciplinaires 2014 Réseau National des Maisons des Sciences Humaines, Mission pour l’Interdisciplinarité du CNRS et Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS.


Bien que dominés, dans leur morphologie et leur évolution, par les processus climatiques qui régissent à la fois le niveau marin et les dynamiques hydro-sédimentaires continentales, les littoraux sont des paysages très largement construits par une anthropisation souvent plurimillénaire. Offrant des ressources variées et des possibilités d’échanges facilitées, ils ont de tout temps attiré les occupations humaines. Surmontant les contraintes spécifiques liées à ces milieux très mobiles, les sociétés anciennes les ont exploités et aménagés, contribuant ainsi à leur transformation durable en modifiant, amplifiant ou limitant les effets des mécanismes naturels. Dans le jeu complexe de ces interactions entre facteurs naturels et anthropiques, l’évaluation de l’impact des activités humaines dans la transformation des paysages littoraux constitue un enjeu majeur pour la communauté scientifique, à l’interface des sciences de la Terre, de l’Environnement et de la Société.

Afin de dépasser les interprétations mécanistes qui donnent la primauté au déterminisme climatique et considèrent souvent l’impact anthropique uniquement du point de vue de la pression démographique et de l’exploitation des ressources naturelles, la compréhension des mécanismes régissant la construction de ces paysages nécessite une analyse détaillée des modalités de l’occupation humaine, appréhendée sous ses différentes facettes. C’est cette approche que nous proposons de conduire dans le territoire de la cité antique de Fréjus (Var, France), en retraçant les modalités de son développement socio-économique de l’Âge du fer à l’époque moderne afin de restituer la manière dont cet espace littoral a été occupé, aménagé et mis en valeur.

Port militaire et de commerce, la colonie romaine de Forum Iulii – Fréjus, dispose d’un territoire aux paysages contrastés, dont le principal débouché maritime est constitué par la basse vallée de l’Argens, en périphérie de la ville. Cette plaine littorale d’une quarantaine de km² a connu de profondes transformations jusqu’à une période récente : envahie par la mer suite à la remontée postglaciaire du niveau marin il y a 10 000 ans environ, la basse vallée s’est progressivement comblée sous l’effet des apports alluviaux de l’Argens, repoussant la ligne de rivage jusqu’à sa position actuelle (Fiches et al. 1995, Dubar 2004). Les recherches interdisciplinaires conduites de 2003 à 2008 dans le cadre d’un Projet Collectif de Recherches (Ministère de la Culture et de la Communication) ont permis de restituer la position et la morphologie du rivage au fur et à mesure de ce comblement, renouvelant fortement notre perception des conditions d’occupation de cet espace entre le Néolithique et l’Antiquité (Bertoncello et al. 2011, Bertoncello et al. 2014). Le cadre paléogéographique de l’évolution de ce paysage littoral ayant ainsi été posé, il s’agit maintenant de mieux comprendre le rôle des différents facteurs, naturels et anthropiques, à l’origine de ces transformations. Dans cette optique, le présent projet vise à restituer la dynamique de ce territoire littoral dans la longue durée, afin d’appréhender, à partir de sources documentaires complémentaires – archéologiques, épigraphiques, textuelles, géomorphologiques et paléo-environnementales -, le niveau et les modalités de son développement socio-économique en termes de peuplement, d’aménagements du paysage et d’exploitation des ressources.

Le projet associe des archéologues, historiens, géomorphologues et paléo-environnementalistes issus de 4 laboratoires de l’INSHS et de l’INEE, rattachés aux MSH de Nice, d’Aix-en-Provence et de Montpellier :

  •        Frédérique BERTONCELLO, archéologue (Antiquité), CR1-CNRS, UMR7264-CEPAM, Nice
  •        Sylvain BURRI, archéologue et historien (Moyen Âge), CR2-CNRS, UMR 7298-LA3M, Aix-en-Provence
  •        Claire DELHON, anthracologue, CR1-CNRS, UMR7264-CEPAM, Nice
  •        Benoît DEVILLERS, géomorphologue, MCF, UMR 5140-ASM, Lattes-Montpellier
  •        Daniel FAGET, MCF, historien (époque Moderne), UMR 7303- TELEMME, Aix-en-Provence
  •        Marie-Jeanne OURIACHI, historienne et épigraphiste (Antiquité), MCF, UMR7264-CEPAM,Nice
  •        Louise PURDUE, géoarchéologue, CR2-CNRS, UMR7264-CEPAM, Nice

Sont également associés au projet les archéologues du Service Archéologique Municipal de la Ville de Fréjus et du Service Départemental d’Archéologie du Conseil Général du Var. Au sein de la MSHS – Sud est de Nice, le projet s’inscrit dans les thématiques de l’Axe 4 « Territoires, systèmes techniques et usages sociaux » qui a pour objet la caractérisation des territoires, de leurs usages et évolutions dans la très longue durée – de la Préhistoire à l’actuel, et dans une démarche prospective.

Les recherches se développeront selon deux axes principaux :

1)   Intensité et formes d’exploitation des ressources naturelles

Le croisement des données archéologiques (structures et vestiges de production tels les ateliers, installations agro-pastorales, viviers, etc., et aménagements destinés à la mise en valeur des terroirs et à la gestion des contraintes environnementales : terrasses de culture, réseaux d’irrigation/de drainage, aménagements de berges, etc.), paléoenvironnementales (paléobotaniques, archéozoologiques, voire ichtyologiques et conchyliologiques le cas échéant), complétées par les sources textuelles pour les périodes les plus récentes, permettront de dresser un bilan des ressources exploitées, qu’elles soient agro-pastorales, halieutiques, sylvicoles ou extractives, en essayant d’approcher les modalités de leur exploitation, transformation et commercialisation. L’analyse des données sédimentaires et paléo-environnementales issues des carottages et des études géoarchéologiques conduites sur certains sites archéologiques fournira en outre des informations précises pour évaluer l’impact de ces activités sur la couverture végétale (défrichement, évolution de la végétation) et sur les sols (érosion, assèchement ou au contraire paludification, etc.).

2)   Dynamique d’occupation du sol et développement territorial

L’analyse statistique et spatiale des données archéologiques recensées à partir des prospections de surface permettra de mesurer l’intensité du peuplement dans le territoire de Fréjus et de suivre ses variations au cours du temps. Ces courbes de peuplement seront complétées par une analyse typologique des formes de l’habitat (des agglomérations aux ateliers et annexes agricoles en passant par toute la gamme des établissements ruraux) permettant d’évaluer la pression anthropique exercée sur les milieux non seulement du point de vue quantitatif mais aussi qualitatif en fonction des différentes modalités de mise en valeur de l’espace. On s’attachera particulièrement à identifier les espaces les plus dynamiques en termes de développement socio-économique, en croisant les indications fournies par l’archéologie, par l’épigraphie et, pour la période médiévale, par les sources textuelles. Par le statut des personnes mentionnées dans les inscriptions mais aussi par les qualités formelles du monument inscrit, la documentation  épigraphique permet en effet d’évaluer le niveau socio-économique des individus ou familles gallo-romaines. Confrontées aux données archéologiques, la spatialisation de ces données met ainsi en évidence l’ancrage territorial des familles qui détiennent le pouvoir économique et politique dans la cité, espaces dans lesquels elles sont susceptibles d’investir prioritairement leurs capitaux pour la mise en valeur des terroirs. La documentation médiévale, beaucoup plus riche, permet de développer le même genre d’approche dans un contexte de multiplication des pouvoirs,  séculiers et religieux.


Bibliographie :


Bertoncello F., Bonnet S., Excoffon P., Bony G., Morhange C., Gébara C., Georges K., Devillers B., 2011 : Dynamique du littoral et peuplement : le cas de la colonie romaine de Fréjus. In : M. Pasqualini : Fréjus romaine, la ville et son territoire. Agglomérations de Narbonnaise, des Alpes-Maritimes et de Cisalpine à travers la recherche archéologique, actes du 8e colloque historique de Fréjus, oct. 2010. Nice, APDCA, 2011, p. 75-88.

Bertoncello F., Devillers B., Bonnet, S., Guillon S., Bouby L., Delhon C., 2014 : Mobilité des paysages littoraux et peuplement dans la basse vallée de l’Argens (Var, France) au cours de l’Holocène. Quaternaire, 25 (1), p. 23-44.

Dubar M., 2004 : L’édification de la plaine deltaïque du Bas Argens (Var, France) durant la Protohistoire et l’Antiquité. Application d’un modèle numérique 2D à l’archéologie. Méditerranée, 1 (2), 47-54.

Fiches J.-L., Bérato J., Brentchaloff D., Chouquer G., Dubar M., Gazenbeek M., Latour J., Rogers G., 1995 : Habitats de l’Age du Fer et structures agraires d’époque romaine aux Escaravatiers (Puget-sur-Argens, Var). Gallia, p. 205-261.

Gascou J., Janon M., 1985 : Inscriptions Latines de Narbonnaise : Fréjus. Paris, CNRS, 1985, 229 p. (Gallia, Supp. 44).

Gayet F., 2012 : Considérations sur l’onomastique des Foroiulienses et des étrangers résidant à Forum Iulii (Fréjus, Var). Revue du Centre Archéologique du Var, p. 91-102.

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