Workshop « Économie collaborative et capitalisme cognitif dans la société de la connaissance » – 1ère partie – 23 mars 2015

Workshop organisé en salle 128, de 14h à 18h30.

1ère partie : Société de la connaissance, biens communs et économie collaborative : où en sommes-nous ?.

Résumé :


L’objectif du workshop est de faire le point sur la transformation de la société de la connaissance. Certains auteurs décrivent le développement de ce que l’on appelle aujourd’hui l’économie collaborative comme les prémisses d’une nouvelle ère économique dans laquelle la contribution de chacun et le partage constitueraient les principaux moteurs. Trois thèses s’affrontent. Dans la première, cette nouvelle dynamique économique se conçoit comme une transformation radicale du système économique existant ; dans la deuxième, elle se développe à côté des schémas capitalistes traditionnels par un renouvellement de l’économie associative et communautaire. Un des changements permis par les technologies numériques est l’extension des possibilités de collaboration entre pairs dans les réseaux et l’ouverture à des personnes moins engagées par les valeurs des communautés et plus opportunistes. Les évolutions récentes peuvent également être analysées, dans une troisième thèse, comme une lutte entre deux systèmes économiques alternatifs, le capitalisme industriel-marchand se renouvelant en captant les rentes produites par l’économie collaborative.

Cette investigation se déroulera en trois ateliers successifs. 1°) Cette première manifestation traitera de la question de l’économie collaborative et de ses tensions avec l’économie industrielle-marchande. 2°) Puis un deuxième atelier sera consacrée à la question de la valeur dans le capitalisme du XXIe siècle (mai 2015) 3°) Nous nous intéresserons ensuite à la question de l’autonomie, de la précarité et des possibles exploitations des personnes à l’ère du capitalisme cognitif (digital labor – juin 2015).

 


PROGRAMME


14h00-15h30 : Michel BAUWENS (Peer to peer fondation). La nouvelle logique du travail dans l’économie contributive des communs.

Une partie émergente mais en croissance rapide de l’économie est désormais basée non plus sur la simple division entre travail et capital, mais sur une économie de la contribution qui crée des biens communs et des nouvelles dynamiques de marché autour de ces biens communs. Cependant cette «capture» des bénéfices de l’économie du capital par les forces du marché engendre une sérieuse «crise de valeur», car une grande partie des contributions des personnes n’est pasrémunérée. Comment penser cette transition économique entre ancien et nouveau monde tout en préservant l’équité sociale entre création et captation de valeur ? En effet, si la précarité du travail peut être considérée comme une voie pour des profits rapides, elle met aussi en danger, à moyen terme, le processus de reproduction du capital.

Articles associés :
La crise de l’immatériel, la production entre pairs (P2P) et l’économie éthique à venir.
Le peer to peer: nouvelle formation sociale, nouveau model civilisationnel.


15h30-15h45 : Pause


15h45-17h15 : Philippe AIGRAIN (Sopinspace). Communs, pratiques non marchandes et économie

Articles associés :
Texte de l’intervention du 11 février 2015 dans le cadre du séminaire L’humain au défi du numérique organisé par Milad Doueihi et Jacques-François Marchandise au Collège des Bernardins.


17h15-18h30 : Jean-Samuel BEUSCART (Orange labs / SENSE) : Les marchés et un supplément d’âme : les usages de la consommation collaborative

Nous nous intéressons aux usages de la consommation collaborative, définie comme l’échange de biens et services entre pairs, intermédié par une nouvelle génération de plateformes en ligne.  A partir d’une enquête auprès des sites (10  interviews) et des utilisateurs (55  interviews auprès d’habitués de blablacar, vide-dressing, corecyclage, drivy), nous cherchons à appréhender dans quelle mesure les comportements de consommation sur ces plateformes se démarquent des logiques ordinaires de l’échange marchand. Nous décrivons tout d’abord comment l’échange «entre pairs» est de fait fortement cadré par les plateformes, ainsi que les débordements de ces cadrages que mettent en place les (rares) utilisateurs qui souhaitent redéfinir les termes de l’échange. Nous observons ensuite comment, dans les échanges, les utilisateurs mobilisent ou non des formes de calcul élaborés, et nous analysons les différentes formes de sociabilité qui  se développent autour des échanges.  Nous recueillons enfin le discours explicite d’engagement  des  acteurs,  de positionnement des pratiques dans un ensemble de pratiques militantes ou de consommation. Ce travail en cours dessine une variété de pratiques, dominées par la figure de l’achat économe et optimisateur, qui s’accompagne de la promesse d’un supplément d’âme sous la forme d’une coloration en valeur, d’une discussion conviviale ou d’une rencontre  «sympa».

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