Journée d’étude “Acceptabilité des dispositifs numériques: une approche interdisciplinaire” – 7 avril 2015

Affiche 7 avrilObjectif : Le concept d’acceptabilité d’une nouvelle technologie fascine académiques et praticiens depuis un certain nombre d’années. En sortant d’une approche purement déterministe et techniciste des dispositifs numériques, les chercheurs qui s’intéressent à la notion d’acceptabilité se trouvent souvent à la frontière de plusieurs disciplines en SHS ainsi qu’à l’interface avec les sciences de l’ingénieur et l’informatique. Cette journée d’études propose de discuter du concept d’acceptabilité, de sa nature, de ses enjeux, de son évolution théorique récente ainsi que de la critique de ses différents développements conceptuels.

Horaire : 9h à 12h en salle 129, à la MSHS.

 

 

 

 

 

PROGRAMME

09:00-09:15  Accueil des participants et présentation de la journée d’études (Lise ARENA et Pierre THÉROUANNE)


09:15-10:15 

Lise ARENA (Sciences de Gestion, GREDEG) : « L’acceptabilité en sciences de gestion : de l’usage de l’interdisciplinarité pour dépasser les limites du modèle d’acceptation des technologies (TAM) »

Les sciences de gestion sont souvent pensées comme le pilotage de l’action collective organisée. Dans ce périmètre disciplinaire, la notion d’acceptabilité sociale d’une technologie constitue une mesure de la performance organisationnelle, indicateur du pilotage de cette action collective. Puisqu’un investissement technologique est de l’ordre de l’immatériel, son bénéfice peut difficilement être mesurable a priori, i.e. en fonction des caractéristiques intrinsèques du dispositif technique. Le retour sur investissement d’une technologie numérique dépend donc fortement de son acceptabilité puis de son usage au sein de sa communauté d’utilisateurs. La question de l’acceptabilité est, par conséquent, centrale en sciences de gestion comme en témoigne le succès de l’article “Perceived Usefulness, Perceived Ease of Use, and User Acceptance of Information Technology” publié par Fred D. Davis dans MIS Quarterly en 1989 et aujourd’hui cité près de 23000 fois sur google scholar. L’objectif de la présentation est, dans un premier temps, d’exposer le modèle TAM – initialement développé par Davis – ainsi que ses nombreux prolongements exposés depuis. Le deuxième temps de la présentation, plus critique, propose de dessiner les limites de ce modèle, représentant l’approche standard en management des SI, en en proposant des alternatives fondées sur une approche plus interdisciplinaire. Ces alternatives ne dissocient pas l’étape de conception/ innovation de l’étape de l’acceptabilité sociale.


Pierre THÉROUANNE (Psychologie, LAPCOS) : « Apports et critiques des conceptions de l’acceptabilité en Psychologie et en Ergonomie  ».

L’adoption d’une technologie numérique demeure difficile à prédire, montrant les limites des modèles actuels développés en sciences humaines et sociales. L’établissement d’un savoir pluridisciplinaire ne portant pas uniquement sur les déterminants de l’intention d’usage,  mais également sur les usages effectifs, nous semble nécessaire. Afin de permettre cet échange pluridisciplinaire, l’objectif de cette présentation est d’exposer les différentes approches de l’acceptabilité en Psychologie et en Ergonomie. Il apparaît que ces approches sollicitent des notions sensiblement différentes et qui seront définies, notamment l’acceptabilité pratique, l’acceptabilité sociale, l’acceptation, l’appropriation, et la symbiose.


Agnès FESTRÉ et Pierre GARROUSTE (Sciences économiques, GREDEG). « L’économie de l’acceptabilité ».

Traditionnellement un bien ou une technologie ne pose pas de problème d’acceptabilité. Il est consommé ou elle est adoptée si son utilité espérée compense son prix ou si la valeur actualisée de son rapport coût-bénéfice est inférieure ou égale à un. Cette approche a été cependant dépassée. Il existe une littérature importante concernant l’adoption de technologies par les firmes (modèles épidémiologiques, de percolation, d’imitation, etc.) et plus récemment par les individus. Même s’il existe des recoupements entre les deux approches, par exemple les modèles de cascades informationnelles, ces deux directions de recherche ne se recouvrent pas totalement. Nous privilégierons les approches de l’acceptabilité individuelle d’une technologie, qui est généralement incorporée dans un produit.  L’économie comportementale et l’économie expérimentale ont tenté de répondre au problème de l’acceptabilité, le plus souvent en en analysant certaines caractéristiques (problème d’apprentissage, d’attention, de diffusion, etc.). Des expériences de terrain ont également été mobilisées pour analyser ce problème d’acceptabilité, le plus souvent dans des pays en voie de développement ou émergents.


10:15-10:30 Pause café


10:30-11:30 

Alain GIBOIN (Psychologie/ Ergonomie, Inria/I3S) : « Mesurer l’acceptabilité des collecticiels : de l’observation et/ou de la théorisation des activités collectives à l’élaboration de critères de mesure de l’acceptabilité »

Pour les concepteurs de collecticiels (*), mesurer l’acceptabilité – pour l’utilisateur – des systèmes qu’ils conçoivent est devenu une exigence. Mesurer l’acceptabilité d’un collecticiel, c’est en particulier vérifier que le collecticiel est adapté aux collectifs d’utilisateurs que ce collecticiel est censé assister et donc aux activités collectives que ces collectifs d’utilisateurs sont supposés réaliser avec le collecticiel.Les critères de mesure de l’acceptabilité étant très recherchés par les concepteurs de collecticiels, nous centrerons notre présentation sur ces critères. Notre objectif est : 1) de rendre compte des démarches entreprises pour élaborer des critères d’acceptabilité à partir d’observations empiriques et/ou de théorisations des activités collectives ; 2) de mettre en évidence le caractère interdisciplinaire de ces démarches (interdisciplinarité entre informatique, sociologie, anthropologie, psychologie sociale, sociolinguistique, économie, gestion…) ; 3) d’indiquer les difficultés rencontrées dans ces démarches ; 4) de proposer quelques actions de recherche interdisciplinaire pouvant être réalisées dans le cadre de l’axe 2 de la MSHS.
(*) C’est-à-dire les technologies numériques pour collectifs d’utilisateurs, tels que les éditeurs collaboratifs, les agendas partagés, les réseaux sociaux, etc.


Emmanuel KESSOUS (Sociologie, GREDEG) : « Le social acceptable. Un point de vue sociologique sur la notion ‘d’acceptabilité sociale’ »

Les sociologues se méfient de la notion d’acceptabilité sociale, alors que dans le même temps cette notion pullule dans les appels à projets des institutions de financement de la recherche (ANR, projets européens…). Prendre en compte le point de vue de l’utilisateur semble être un passage obligé pour promouvoir une technologie ou un nouveau système technique. Les sociologues voient dans cette démarche un moyen de mettre au pas l’utilisateur et de l’assujettir à la technique. Un des rares sociologues à avoir travaillé la notion est Pierre Bourdieu dans « ce que parler veut dire ». Encore était-ce dans le but de montrer que les différences en capital scolaire avaient des répercussions en ce qui concerne la maîtrise des codes sociaux de l’usage du langage. Quand les sociologues des techniques se risquent dans le domaine de l’acceptabilité, les traductions se font généralement en termes de conditions d’établissement de la confiance. Se faisant, ils laissent le champ libre à un nombre colossal d’intervenants (consultants, psychologues, marketeurs…) qui se font les porte-paroles des utilisateurs et portent le projet de lister les déterminants sociaux de l’acceptabilité. Cette communication prend le contre-pied de cette démarche et vise à délivrer un point de vue sociologique dans ce débat en montrant que ce qui est acceptable socialement ne peut découler que de la co-conception d’un dispositif entre des ingénieurs et des utilisateurs.


11:30-12:00 : Discussion

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