Conférence « Phénoménologie du signe : fondements neurophysiologiques et enjeux épistémologiques » – 24 novembre 2017

David Piotrowski est Chargé de Recherche à l’Institut Marcel Mauss de l’EHESS et rattaché au LIAS (Linguistique, Anthropologie, Sociolinguistique) UMR 8178 CNRS. Si la question du signe occupe de fait une place privilégiée dans l’analyse phénoménologique (cf. 1° Recherche Logique de Husserl), c’est de droit que, inversement, la question phénoménologique relève de l’interrogation sémiolinguistique – simplement parce qu’il
revient à tout savoir empirique de déterminer clairement la forme et le périmètre des phénomènes de son ressort. L’examen des « formes de l’apparaître » sémiolinguistique est donc partie prenante d’une réflexion sur la constitution d’un savoir sémiolinguistique, et plus particulièrement sur le caractère empirique d’un tel savoir. Se situant à la croisée de ces différentes interrogations (épistémologique, théorique, empirique, phénoménologique), on traitera du cas particulier de la théorie saussurienne du signe. Après un bref rappel des
principales étapes de construction d’une « morphodynamique du signe », comme
accomplissement mathématique des conceptions saussuriennes, on montrera que ce modèle possède une signification phénoménologique en ce qu’il restitue et affine fonctionnellement le système husserlien des strates de conscience verbale. S’agissant alors de fonder empiriquement une telle phénoménologie du signe, on se propose de montrer, d’une part, que les circonstances de génération du potentiel EEG évoqué « N400 » confortent une description intentionnaliste du fait sémiotique, et, d’autre part, que le système des strates de conscience verbale que décline la morphodynamique du signe se
trouve conforté par les observations de ce même potentiel évoqué. Il reste que la sémiolinguistique semblerait alors disposer de deux référentiels empiriques, calibrant, chacun suivant son ordre propre, les observables d’une seule et même science. L’un étant donc celui d’une phénoménologie, et l’autre celui des neurosciences. Si ces deux référentiels étaient mutuellement irréductibles, la situation serait intenable. Pour dépasser
cette obstruction, David Piotrowski montrera que dans une perspective structurale morphodynamique, la pratique des signes, leurs engagements effectifs dans l’accomplissement d’actes d’expression ou de communication − dont une science sémiolinguistique exposerait donc les principes et les modalités − incorporent le moment et conditionnent la forme de leur advenue. Autrement dit encore, la morphogenèse du signe se découvre inséparable des schémas normatifs sur lesquels se règlent les pratiques
sémiolinguistiques, et ceci à double titre : d’abord en ce que ces schémas sont le corrélat empirique et fonctionnel d’une stabilisation des signes, et ensuite, dualement, en ce qu’ils constituent le référentiel des ajustements et des innovations dont une parole vivante est toujours en quête. Les travaux de David Piotrowski se situent au croisement de la linguistique structurale, des modèles morphodynamiques, de la phénoménologie et de l’épistémologie. Ses principaux ouvrages sont Dynamiques et structures en langue, 1997; L’hypertextualité ou la pratique formelle du sens, 2004; Phénoménalité et objectivité linguistiques, 2009; Morphogenesis of the sign, 2017.

La conférence se déroulera en salle 420, de 12h à13h, au 4ème étage de la MSHS.

Inscription obligatoire auprès de sylvie.grenard(at)unice.fr

 

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