Séminaire IVI : « Images, graphiques et graphes en sciences humaines » – 7 octobre 2016

Affiche séminaire IVI 7 octobre 2016Dans le cadre de l’axe 3 et du séminaire IVI (Idée Vérité Image), la 10ème séance intitulée : Images, graphiques et graphes en sciences humaines, se déroulera vendredi 7 octobre 2016, de 9h30 à 12h30, au rez-de-chaussée de la MSHS Sud-Est (salle 009 ou 031).

Nicolas Perreaux (Goethe-Universität, Frankfurt am Main) : « Pourquoi modéliser? L’intérêt heuristique des visualisations en histoire (médiévale) »

Bruno Péquignot (Université Sorbonne Nouvelle – USPC) : « Les sciences sociales et les images : le rejet comme indice d’une question non résolue, celle du statut de l’interprétation ».

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7ème séance du séminaire IVI : Idée Vérité Image – 11 décembre 2015

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Journée d’étude « Histoire des mots, histoire des choses – Méthodes en histoire des idées » – 9 décembre 2015

L’axe 3 de la MSHS Sud-Est organise le 9 décembre 2015 une journée d’étude « Histoire des mots, histoire des choses – Méthodes en histoire des idées », de 9h à 17h, dans l’amphi 031 du bâtiment recherche.
Cette initiative est placée sous la responsabilité scientifique de Richard ARENA (GREDEG), Pierre-Yves QUIVIGER (CRHI) et Damon MAYAFFRE (BCL).

Résumé :


Il s’agit de réaliser un état des lieux des méthodes en histoire en idées. Qu’il s’agisse de l’histoire conceptuelle, de l’histoire culturelle, de l’histoire intellectuelle, de l’histoire de la pensée économique, de l’histoire des sciences, de l’histoire de la philosophie, de l’histoire du droit ou de l’histoire des idées politiques, une difficulté majeure que l’historien des idées doit affronter est celle de l’identification épistémologique de son objet spécifique qui se présente à l’examen historique sous la forme de discours, de corpus linguistiques (qu’ils se présentent sous format traditionnel d’archives papier ou sous format contemporain d’archives numériques). Entre une approche « platonicienne » naïve qui verrait dans les mots les simples véhicules neutres d’idées vivant dans un monde parfaitement autonome et indépendant, et, a contrario, une approche intégralement relativiste de « l’intraduisible » aboutissant à l’hypothèse qu’il n’y aurait rien derrière les mots, ou plus exactement rien de séparable des manières de formuler, il convient de déterminer avec rigueur, par la confrontation internationale des méthodes scientifiques utilisées en histoire des idées, l’espace des possibles pour identifier le cheminement historique d’idées qui ne s’épuisent ni dans l’abstraction conceptuelle ni dans la matérialité linguistique.

Programme :


9h-9h30 – Pierre-Yves Beaurepaire (PR d’histoire moderne, Nice, CMMC) – Discutant : Eric Picholle (chercheur au CNRS en sciences physiques, CNRS Nice, UMR LPMC)
10h-10h30 – Pascal Bridel (PR de sciences économiques, UNIL, Lausanne, Centre Walras-Pareto) – Discutant : Sandye Gloria-Palermo (PR en économie,  UNS, Nice, UMR GREDEG)
11h-11h30 – Richard Arena (PR de sciences économiques, UNS, Nice, UMR GREDEG, directeur-adjoint de la MSHS ‘Sud-Est’) – Discutant : Jean-Marc Lévy-Leblond (PR émérite de sciences physiques et épistémologue, UNS, Nice)

12h30 – Buffet

14h-14h30 – Graziano Lingua (PR de philosophie, Université de Turin-Cuneo, directeur du CESPEC) – Discutant : Ugo Bellagamba (MCF d’histoire du droit et des institutions, Nice, ERMES)
15h-15h30 – André Lapidus (PR de sciences économiques, Université Paris 1, PHARE) – Discutante : Muriel Dalpont (PR de sciences économiques, Nice, UMR GREDEG)
16h-16h30 – Pierre-Yves Quiviger (PR de philosophie, Université de Nice, directeur du CRHI) – Discutant : Arnaud Zucker (PR de langue et de littérature grecques, Nice UMR CEPAM)

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Journée d’étude « Les catégorisations raciales. Justification savantes, usages politiques et productions épistémologiques » – 12 février 2016

L’axe 3 vous propose une journée d’étude sur « Les catégorisations raciales. Justifications savantes, usages politiques et productions épistémologiques », dans l’amphi 031 de la MSHS, le 12 février 2016, de 10h à 17h.


Résumé :

À l’heure où certains auteurs rendent compte de l’émergence d’un « nouveau paradigme de la race » et du retour du concept biologique de « race » [1], de la création de programmes de santé réservés aux Noirs dans l’Amérique contemporaine[2] et des nouvelles pratiques telles que les tests d’ascendance génétique[3], une mise en perspective sur le temps long et une approche critique telles que peuvent les proposer les sciences humaines apparaissent comme un détour salutaire pour mieux appréhender la complexité de cette notion[4] et les enjeux autour de son dépassement[5].

Cette journée d’étude a pour objectif de lancer une réflexion interdisciplinaire à la croisée de la philosophie, de l’histoire et de la sociologie sur les mécanismes de production du concept de « race » ou, plutôt, de ses contours successifs. Par-delà la diversité des approches et des méthodes, les liens entre savoir et pouvoir ont été depuis plus d’un demi-siècle un champ d’investigation privilégié par ces trois disciplines. Parce que le dialogue entre ces expertises pourrait contribuer à comprendre la longévité et la ductilité de cette modalité de catégorisation des individus et d’ordonnancement des populations par la « race », cette journée d’étude propose d’explorer les imbrications entre productions savantes et usages politiques des catégories raciales.

Il s’agira d’interroger la manière dont l’ancrage dans des contextes historiques et géographiques donnés participent de la construction de régimes d’altérité spécifiques, tout en étant attentif aux effets de la circulation des savoirs et des politiques de la « race » entre les métropoles et les colonies, entre les empires et entre les États-nations, entre l’Europe et les Amériques. À la lumière des différentes études de cas exposées durant cette journée, nous tenterons aussi de comprendre les modalités selon lesquelles certains de ces différents régimes d’altérité ont pu dans le passé ou peuvent aujourd’hui être travaillés par des rapports de dominations qui visent à imposer comme point de vue universel des conceptions particulières de la « race »[6].


[1] Doron Claude-Olivier et Lallemeand-Stempak Jean-Paul, « Un nouveau paradigme de la race ? », La vie des idées, Mars 2014 ; Doron Claude-Olivier, « L’ascendance biogéographique : génétique des populations et généalogie des individus », in I. Luciani et V. Piétri (Éds), L’incorporation des ancêtres, Marseille, Presses universitaires d’Aix-Marseille, à paraître.

[2] Nelson Alondra, Body and Soul. The Black Panther Party and the Fight Against Medical Discrimination, Saint Paul, University of Minnesota Press, 2013 ; Peretz Pauline, « Race et santé dans l’Amérique contemporaine. Entretien avec Alondra Nelson », La vie des idées, Février 2012.

[3] Bliss Catherine, Race Decoded: The Genomic Fight for Social Justice, Stanford, CA, Stanford University Press, 2012 ; Bolnick Deborah A., « Individual ancestry inference and the reification of race as a biological phenomenon », in B. A. Koenig, S. Soo-Jin Lee et S. S. Richardson (Éds), Revisiting race in a genomic age, Rutgers University Press, 2008, p. 70-89 ; Jordan Bertrand, L’humanité au pluriel. La génétique et la question des races, Paris, Le Seuil, 2008.

[4] Schaub Jean Frédéric, Pour une histoire politique de la race, Paris, Le Seuil, 2015.

[5] Bessone, Magali, Sans distinction de race ? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques, Paris, Vrin, 2013 ; Peretz Pauline (ed.), L’Amérique post-raciale ?, Paris, PUF, 2013.

[6] Bourdieu Pierre et Wacquant Loïc, « Sur les ruses de la raison impérialiste », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 121-122, Mars 1998, p. 109-118.


 

Programme :

10h00 : Bienvenue et présentation

10h20 : Francisco Bethencourt (Department of History, King’s College London)

Les races entre racisme et identité

11h10 : Elsa Dorlin (Université Paris 8 – UMR/LABTOP-CRESPPA)

L’invention du mâle dominant – racisme, sexisme et naissance de la primatologie

12h00 : Magali Bessone (Université de Rennes 1, IUF)

Les focales de la catégorisation raciale et la théorisation de la justice

13h00-14h00 : Buffet

14h00 : Cécile Vidal (EHESS, CENA/Mondes Américains UMR 8168)

Perspectives modernistes sur les rapports entre l’histoire sociopolitique et l’histoire intellectuelle de la race de part et d’autre de l’Atlantique

14h50 : Paul Schor (Université Paris Diderot, LARCA UMR 8225)

La « nationalité » des statistiques raciales, le cas des Etats-Unis

15h40 : Elisabeth Cunin (IRD, URMIS UMR 8245 – 205)

Le métissage en Amérique latine entre racisme et antiracisme

16h30 : Discussion finale


Résumés des communications :

Francisco Bethencourt (Department of History, King’s College London) : Les races entre racisme et identité.Le mot « race » a une utilisation instable. Il désigne d’abord, au Moyen Age, les lignages nobles, pour descendre après dans l’échelle sociale, en étant appliqué, dans la Péninsule Ibérique, aux convertis d’origine juive ou musulmane pour indiquer une « tache » de sang, ensuite aux noirs d’origine africaine, au dix-huitième siècle aux femmes et, finalement, au dix-neuvième siècle, aux nations. Entretemps, les théories des races du dix-huitième et dix-neuvième siècles avaient renforcé une hiérarchie des races liée aux continents, déjà esquissée au seizième siècle, qui permettait aux Européens d’affirmer leur prétendue supériorité et de justifier leurs projets d’expansion.

La classification des races a renforcé les pratiques racistes préalables, mais elle a aussi favorisé une intériorisation de l’infériorité physique et/ou mentale par les populations subjuguées. Des populations qui n’avaient jamais eu des rapports étroits entre elles se sont vues agglutinées, mais le fait que la classification des entités coloniales a été en partie assimilée para les populations colonisées ou menacées de colonisation pose des problèmes. Le premier concerne le renversement d’une classification hiérarchique qui vise la subordination. Elle peut être utilisée comme forme d’affirmation d’identité collective ou d’une lutte commune contre, justement, l’exploitation coloniale ou postcoloniale. Les mouvements panafricains et pan-asiatiques expriment ces projets de résistance au vingtième siècle. Le mouvement des Afro-américains va encore plus loin, puisqu’il affiche la même notion de race qui les avait infériorisés pour exprimer leur identité (le « désir » de race) et pour dénoncer toute forme d’oppression. Le deuxième problème concerne l’identité ethnique, qui échappe en partie aux grandes classifications de race, comme dans le cas du peuple juif, dont la perpétuation historique peut être liée aux formes de persécution subies.

 

Elsa Dorlin (Université Paris 8 – UMR/LABTOP-CRESPPA) : L’invention du mâle dominant – racisme, sexisme et naissance de la primatologie

En 1950 et 1951, une vingtaine de scientifiques de renommée internationale s’attèlent aux « Déclarations sur la race et les différences raciales » sous l’égide de l’Unesco. Ces textes doivent être considérés comme la démonstration non pas tant de l’invalidation scientifique de la race et de la différenciation raciale de l’espèce Homo Sapiens, mais de sa stricte délimitation au profit des variations environnementales et culturelles liées à la conceptualisation de « groupes ethniques ». Parmi les rédacteurs du second texte, celui de 1951, davantage centré sur l’anthropologie physique et la génétique humaine (quand celui de 1950, notamment signé par C. Lévi-Strauss, rassemblait plutôt des anthropologues et des sociologues), on trouve Solly Zuckerman. Inspiré par Totem et Tabou et l’idée d’une histoire pré-civilisationnelle de la sexualité, le pathologiste et taxinomiste Solly Zuckerman est réputé pour ses travaux sur les primates et notamment pour l’étude qu’il a menée sur une colonie implantée de babouins au Zoo de Londres en 1925 – dont Donna Haraway consacra un long commentaire dans son livre majeur Primate Visions publié en 1992.

Devenu l’un des grands théoriciens de la théorie du « mâle dominant » et de l’idée selon laquelle la « compétition pour les femelles » et « la coopération des mâles » sont structurées par une système hiérarchique fondé sur la domination d’un seul, Zuckerman en fait la condition de possibilité de toute société et la condition continuée de la coopération pacifiée entre les groupes humains. Personnage tragique d’une analogie universelle pour penser l’histoire de sociétés humaines originellement « patriarcale », le Babouin – et plus largement les grands singes observés par la primatologie à partir de l’entre-deux-guerres, puis dans les années cinquante, soixante et soixante-dix – permet ainsi de théoriser un ordre sexuel pré-civilisationnel, condition de la sociabilité et de la non-conflictualité des sociétés.

Cet exposé entend souligner l’importance que joue la primatologie dans les mutations du discours sur la race et le sexe à partir du milieu du XXe siècle : nous ferons l’hypothèse de l’émergence d’un patriarcat fonctionnel (ou d’un ordre sexuel hiérarchique) dans les discours savants contemporains, qui devient, au cours du XXe siècle, la condition de possibilité de la pacification des sociétés humaines en général et, en particulier, de l’éradication du racisme. En témoigne le fait que, dans la rhétorique des rédacteurs de la déclaration de 1951, l’idée de l’organisation hiérarchique axée sur la domination d’un mâle est largement mobilisée pour affirmer qu’en son absence, les sociétés humaines développent des tendances à s’entretuer. Le racisme est ainsi invalidé non pas tant au nom du caractère idéologique du concept de race, mais comme le symptôme de sociétés humaines désorganisées et dysfonctionnelles en matière de hiérarchie sexuelle.

 

Magali Bessone (Université de Rennes 1, IUF) : Les focales de la catégorisation raciale et la théorisation de la justice

La question des jeux d’échelle est largement débattue depuis une vingtaine d’années en histoire. Comme l’affirme Romain Bertrand[1], il ne s’agit pas cependant de reproduire la querelle de l’histoire globale comme prétention à l’omniscience contre la micro-histoire comme prétention à la description compréhensive, de jouer « l’astronomie » contre « l’entomologie ». Parlant en termes de « focale » plutôt que d’« échelle » et d’histoire connectée plutôt que d’histoire globale, il souligne ainsi « qu’il n’existe pas de ‘global’ comme niveau autonome d’analyse mais seulement des ‘connexions’ établies, habitées, réfléchies par les acteurs eux-mêmes » (54) que l’histoire a pour fonction de mettre au jour. Cette réflexion sur la discipline historique me conduit à poser deux questions, l’une conceptuelle, l’autre méthodologique, à la philosophie politique lorsqu’elle se préoccupe d’injustices raciales.

Sur le plan conceptuel, comment de telles modifications de focale « travaillent-elles » l’objet « race » dans nos analyses philosophiques ? Et que dit sur notre exigence de justice sociale en situation de discriminations la prise en compte d’une histoire de la construction différenciée du concept de race, selon qu’on le considère comme potentiellement explicatif globalement ou devant être expliqué localement ? Étudier la généalogie du concept de race en le situant dans les discours qui le mobilisent fait apparaître la contingence de ce concept, ce qui à son tour a un effet à la fois sur la « provincialisation » croissante de l’Europe et sur l’ajustement de la focale d’explication des injustices liées à des identifications et assignations raciales. On passe d’une problématisation des inégalités socio-politiques à partir de la nature anthropologique de l’homme à leur problématisation par des pratiques socio-politiques spécifiques, faisant intervenir des concurrences entre autorités locales, régionales, nationales, internationales.

Cependant, sur le plan de la méthode, si le discours philosophique, ancré dans les jugements et les catégories des acteurs, peut alors espérer fournir un modèle descriptif de la réalité sociale et des inégalités raciales, peut-il encore servir l’ambition normative cohérente d’une « théorie de justice » ? Aborder la question de la justice par le diagnostic des injustices sociales telles qu’elles sont perçues par les acteurs, couplé à l’analyse historique et empirique de la catégorisation et la discrimination raciales, permet-il d’aller au-delà d’une critique sociale qui ne se soucie pas des principes – mais quelle place alors pour la normativité ? La philosophie politique peut-elle renoncer à fournir le critère selon lequel la catégorisation raciale est souhaitable ou non, certaines inégalités raciales sont injustes et d’autres non ? J’aborderai ces deux questions, conceptuelle et méthodologique, tour à tour dans ma présentation.

 

Cécile Vidal (EHESS, CENA/Mondes Américains-UMR 8168) : Perspectives modernistes sur les rapports entre l’histoire sociopolitique et l’histoire intellectuelle de la race de part et d’autre de l’Atlantique

Cette communication plaidera pour une meilleure prise en compte de l’histoire de la période moderne afin de considérer différemment les imbrications entre productions savantes et usages politiques des catégories raciales, tant par les acteurs historiques que par les chercheurs en sciences sociales, entre les États-Unis et la France. En premier lieu, l’affirmation selon laquelle le racisme actuel dans chacun de ces deux pays aurait partie liée avec des héritages historiques très différents, d’un côté l’esclavage et la ségrégation et de l’autre la colonisation, ignore l’histoire commune que l’Europe, l’Afrique et les Amériques partagèrent entre le XVIe et le XIXe siècle. Les mondes atlantiques, formés par la multiplication et l’intensification des connexions entre les trois continents, se distinguaient par les effets croisés de l’impérialisme, du colonialisme et de l’esclavagisme. Ce sont ces trois phénomènes liés que la mise en place d’ordres raciaux sur les deux rives de l’Atlantique vint légitimer et soutenir. Plutôt que d’adhérer à un exceptionnalisme négatif qui mettrait à part l’Amérique du Nord anglaise puis britannique, les historiens des mondes atlantiques à la période moderne tendent dorénavant à examiner la place jouée par la race dans l’ensemble des sociétés américaines sans solution de continuité, les différences existant entre elles étant alors de degré plutôt que de nature.

Les processus de racialisation qui se développèrent au sein des mondes atlantiques dès le XVIe siècle permettent, en outre, de questionner la propension de nombre de chercheurs en sciences sociales à penser les justifications savantes de la race comme premières devant les usages politiques du concept. La période moderne s’en trouve réduite à celle de la préhistoire ou protohistoire de la race avant l’élaboration des premières théories philosophiques et scientifiques afférentes dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Pourtant, avant même 1750, plus de 4,7 millions d’Africains avaient déjà été déportés aux Amériques, tandis que les mariages mixtes entre blancs et noirs étaient interdits dès 1691 en Virginie et 1724 en Louisiane française. La race n’est pas seulement ou premièrement un langage et une idéologie. Aussi est-il nécessaire, d’une part, de tenir compte de la multiplicité des acteurs impliqués dans la production, reproduction et transformation des ordres raciaux sans en faire un phénomène top down qui accorderait une place centrale aux seules élites politiques et intellectuelles, et, d’autre part, d’analyser plus finement les rapports complexes entre les conceptions et les politiques de la race, ainsi qu’entre les pratiques de catégorisation, classification et hiérarchisation et celles de discrimination, ségrégation et violence raciale.

 

Paul Schor (Université Paris Diderot , LARCA UMR 8225) : La « nationalité » des statistiques raciales, le cas des Etats-Unis

Les catégories raciales américaines servent souvent de référence dans les débats sur la construction des catégories et notamment pour les politiques publiques antidiscriminatoires dans le cas des statistiques. Cette question se pose aussi aux chercheurs en sciences sociales dans un contexte où les paradigmes circulent et où l’université américaine a tendance à être exportatrice de concepts et d’outils. Pour que ces circulations se passent, ces catégories sont souvent déhistoricisées et perçues comme flottantes ou applicables à d’autres contextes. Or l’histoire de leurs usages montre que depuis le 19e siècle les producteurs et utilisateurs américains de ces catégories, en premier lieu le bureau du recensement, ont inscrit leurs catégories dans une fiction naturaliste d’universalité. Revenir sur l’histoire de leur fabrication et des problèmes concrets posés par leur exportation à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle permet de montrer que si les statistiques raciales américaines s’inscrivent dans un contexte d’internationalisation des sciences sociales et de l’expertise, elles n’en restent pas moins profondément nationales et idiosyncratiques en ce qu’elles répondent à des demandes politiques propres au contexte américain et participent d’un projet de construction nationale. En rendant leur « nationalité » à ces catégories, cette communication invitera à réfléchir au rôle des appareils étatiques et des contextes nationaux dans la production des outils et méthodes des sciences sociales.

 

Elisabeth Cunin (IRD, URMIS UMR 8245 – 205) : Le métissage en Amérique latine entre racisme et antiracisme

L’Amérique latine est traditionnellement associée au métissage, considéré comme un dépassement des différences raciales, une fusion des « races » s’incarnant dans la figure du « mestizo ». Ce paradigme de la « démocratie raciale » a été mis en avant au niveau international, notamment en opposition avec le modèle étatsunien ou dans les politiques antiracistes mises en place par l’UNESCO à partir de 1945. Depuis les années 1970, ce régime d’altérité est contesté. Le métissage est désormais considéré comme un « mythe », qui cacherait la permanence de hiérarchies raciales et une idéologie du blanchiment. Le multiculturalisme (et plus récemment l’Etat plurinational) viendrait alors remplacer le métissage, en définissant la nation par ses différences et en appréhendant celles-ci en termes d’ethnicité. Ce « tournant multiculturel » est lui-même ancré dans le cadre néo-libéral qui s’impose à l’échelle globale depuis les années 1980. Je reviendrai dans cette communication sur le métissage, entre valorisation et contestation, en me centrant plus particulièrement sur le Mexique, modèle de ce métissage latino-américain, et sur la Colombie, laboratoire du multiculturalisme dans la région. Dans les deux cas, le politique et le scientifique sont en constante interaction, voire superposition. Il s’agira ainsi de s’interroger sur la place de la « race » dans des politiques nationales légitimées scientifiquement afin de nuancer l’opposition entre « color blind policies » et « race conscious policies », entre racisme et antiracisme



[1] Romain Bertrand, « Histoire globale, histoires connectées », in Le tournal global des sciences sociales, S. Dufoix et A. Caillé dirs., Paris, La Découverte, 2012.

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Conférence « Repenser l’illuminisme. Franz Joseph Thun et l´ésotérisme au XVIIIe siècle » – 24 septembre 2015

Conférence organisée de 10h à 12h, en salle 129 à la MSHS.

Intervenant : Ivo CERMAN

Maître de conférences à l’Université de Bohême de Sud, République tchèque, Ivo Cerman s’intéresse à  l’histoire des noblesses en Europe centrale à l’âge des Lumières. Depuis quelques années il travaille en particulier sur l’histoire de droit naturel et de droits de l’homme. Ses ouvrages principaux sont Habsburgischer Adel und Aufklärung (2010) et le volume collectif The Enlightenment in Bohemia. Religion, Morality and Multiculturalism (2011) qu´il a dirigé en collaboration avec Rita Krueger et Susan Reynolds, ainsi que Aufklärung oder Illuminismus? Die Enzyklopädie des Grafen Franz Josef Thun (2015). Il a publié aussi plusieurs articles sur la francophonie de la noblesse.

Résumé :


 Le XVIIIe siècle n’a pas été seulement le siècle de la raison, mais aussi celui de la déraison. Quand on parle des Lumières, on ne doit pas oublier l’illuminisme. Le XVIIIe siècle a éprouvé une crise de l’autorité des Eglises et de la confiance en leurs dogmes. Cependant, il serait faux de dire que cette crise apprit au genre humain à penser d’une une manière rationnelle. Il faut prendre en compte l’existence d’un courant de penseurs qui a utilisé cette liberté pour construire ses propres rêveries religieuses. Ces penseurs ne voulaient pas abandonner la religion, ils voulaient la protéger contre les Lumières radicales d’une manière plus efficace que ce que les Eglises établies proposaient. Bien qu’ils protégeaient la religion, ils attaquaient les Eglises eux- aussi, parce qu’ils accusaient les prêtres d’avoir obscurci la religion. Le comte Franz Joseph Thun était un représentant de ce courant ésotérique et le but de notre communication est de présenter l’encyclopédie ésotérique dont nous avons retrouvé le manuscrit il y a quelques années dans les archives de sa famille. De son vivant, le comte de Thun fut connu comme un illuminé et un guérisseur. Ses séances publiques de guérison déclenchèrent un scandale qui le contraignit de se retirer, mais il consacra les dernières années de sa vie à écrire un ouvrage qui aurait dû exprimer sa vision du monde (Weltanschauung). C’est à partir de cet ouvrage que nous nous proposons de repenser la signification de l’illuminisme pour la culture intellectuelle du XVIIIe siècle. Notre conférence s’appuie sur le livre Aufklärung oder Illuminismus? (2015) qui vient de paraître à Stuttgart.

 

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5ème séance du séminaire IVI – 12 juin 2015

Seminaire_12juin5ème séance du séminaire Idée, Vérité, Image à l’UFR LASH, salle de conférence de la BU Henri Bosco (1er étage).

Intervenants :

Rosa-Maria DESSÌ (CEPAM) : « Images, fantômes et vérité: Aby Warburg et les historiens »

Picto_Doc2 Giulia PUMA (CEPAM) : « Le rôle de l’image dans la prière et l’accès au divin au-delà de l’image »

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Journée d’étude « Modéliser et représenter les circulations en Europe et dans le monde » – 10 avril 2015

Dans le cadre de l’axe 3 « l’Europe et ses ‘Autres' », une journée d’étude est organisée en amphi 031, sur le thème « Modéliser et représenter les circulations en Europe et dans le monde », avec le concours du Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, Nice  http://cmmc-nice.fr/ et le soutien du groupement RES-HIST  http://reshist.hypotheses.org/

PROGRAMME

09h00 : Silvia MARZAGALLI (CMMC, Université Nice Sophia Antipolis & Institut Universitaire de France). Introduction


I. Représenter et modéliser les transports.  La circulation des navires et des hommes


09h15 : César DUCRUET (géographe CNRS, UMR Géographie-Cités, Paris et PI du programme ERC Starting Grant « World-Seastems »). Régions, flux, réseaux : cartographie des types de trajectoires portuaires à partir de données maritimes à l’échelle mondiale (1890-2008)


10h15-10h40 : Pause café


10h40 : Laurent ETIENNE (géomaticien, BDTNL, Université de Tours). Patrons de trajectoires de navires


11h40 : Sandrine ALINAT (géographe, Telemme, IUT Aix-Marseille). Mobilité en territoires ruraux. Usages et pratiques. Digne-les-bains. Alpes-de-Hautes-Provence


12h40 : Pause déjeuner


II. Représenter et modéliser les circulations culturelles


14h00 : Pierre-Yves BEAUREPAIRE (CMMC, Université Nice Sophia Antipolis & Institut Universitaire de France). Circulation, territoires et réseaux dans l’Europe des Lumières : retour sur le programme ANR CITERE


15h00 : Marion MAISONOBE (doctorante en géographie, UMR LISST – Laboratoire interdisciplinaire Solidarité, Sociétés, Territoires, Université Toulouse Jean Jaurès). Les réseaux contemporains de collaborations scientifiques : leur spatialisation et leur visualisation à travers une approche bibliométrique


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XXXVèmes rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes – 14/16 octobre 2014

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Dans le cadre de l’axe 4, les XXXVèmes Rencontres Internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes sont organisées du 14 au 16 octobre 2014, Espace Fort Carré Antibes.

Cette année, le colloque a pour thème : Les systèmes de mobilité de la Préhistoire au Moyen-Age.

Organisateurs : Nicolas NAUDINOT (UMR 7264 CEPAM), Liliane MEIGNEN (UMR 7264 CEPAM), Didier BINDER (UMR 7264 CEPAM), Guirec QUERRÉ (UMR 6566 CReAAH), Claudia MOATTI (Université Paris 8/University of Southern California)

 

Programme, Résumés et participants aux 35e rencontres d’Antibes

 

 

 

Présentation :


 Se déplacer, transporter, échanger… Ces comportements et leur organisation ont toujours été et, à l’heure de la mondialisation, sont toujours, au cœur des systèmes socio-économiques. La mobilité constitue ainsi une thématique de recherche particulièrement heuristique pour les archéologues, les historiens et les ethnologues.

Les rencontres internationales d’Histoire et d’Archéologie d’Antibes constituent un parfait terreau pour aborder ce sujet complexe et inévitable dans nos champs disciplinaires. Ces journées jouissent en effet d’une très forte visibilité pour les différentes communautés d’historiens et d’archéologues. Elles constituent un rendez-vous attendu chaque année, notamment par les jeunes chercheurs, auxquels elles offrent un excellent moyen de diffusion de leurs travaux les plus innovants. Elles sont également réputées pour leur capacité à regrouper des communautés très diversifiées autour d’une grande question aux larges implications. La diachronie et l’interdisciplinarité sont ainsi les deux éléments structurants de ces rencontres internationales. Grâce à un important soutien des différents partenaires locaux et régionaux avec qui des relations privilégiées ont été nouées au fil du temps, ces journées bénéficient d’un fort ancrage régional et d’une excellente visibilité auprès du grand public. Dans le même temps, grâce à un comité d’organisation et un comité scientifique composés de chercheurs de rang international, elles permettent de toucher une large communauté scientifique et de bénéficier de débats de haut niveau mettant souvent en place des bases de réflexion heuristiques. Ce support constitue ainsi le cadre idéal pour appréhender la notion de mobilité dans toute sa complexité et diversité.

Ce colloque vise en effet à regrouper différentes communautés scientifiques afin d’appréhender les stratégies de mobilité dans toute leur diversité et complexité, dans le cadre d’une réflexion collective largement diachronique et interdisciplinaire. Les discussions permettront dans un premier temps de s’interroger sur les différentes formes que peut prendre la mobilité : de la dynamique de peuplement d’un continent, de la circulation d’artisans sur différentes régions, aux mouvements de population au sein d’espaces plus restreints en passant par les systèmes d’exploitation des territoires par les communautés de chasseurs-collecteurs, la mobilité regroupe une multitude de comportements aux échelles spatio-temporelles différentes et de natures variées. Ces différentes expressions de la mobilité se combinent d’ailleurs parfois pour former un système particulièrement complexe. Ces multiples facettes de la mobilité sont autant d’axes de réflexion qui pourront être abordés durant ces rencontres.

De quels éléments disposons-nous pour aborder les systèmes de mobilité à leurs différentes échelles ? C’est essentiellement autour de cette vaste question que s’organiseront ces rencontres d’Antibes. Les dynamiques et traçabilité des ressources, des pratiques et des usages, lorsqu’elles sont abordées à partir d’approches croisées mettant à contribution des champs disciplinaires variés tels que l’Archéologie et les Archéosciences, l’Histoire et l’Ethnologie, constituent un angle d’approche particulièrement stimulant. L’analyse des systèmes de mobilité est par ailleurs une solide passerelle vers la compréhension d’autres sphères des systèmes socio-économiques. Elle permet d’aborder les relations sociales au sein d’une communauté humaine aussi bien qu’entre différents groupes et de discuter des interactions avec le milieu naturel.

Ce colloque sera donc l’occasion de réfléchir aux cadres conceptuels élaborés par les différentes communautés scientifiques concernées afin de les tester et de les confronter. Après une première session méthodologique visant à aborder les différentes approches à disposition pour traiter de ces questions, les journées s’organiseront autour de thématiques portant sur la longue durée et rendant compte des différentes échelles de la mobilité : grandes dynamiques de peuplement, fondements socio-économiques de la mobilité, organisation des territoires ou encore interculturalité.


 Voir aussi : Actes des rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes

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Premier séminaire du programme « Le libéralisme dans tous ses États : circulation des hommes et des idées en Europe (XVIIIe-XXIe) » – 12 décembre 2014

1er séminaire du programme « Libéralisme dans tous ses États : circulation des hommes et des idées en Europe (XVIIIe-XXIe) » .
Vendredi 12 décembre 2014, de 13h30 à 16h, amphi 031 de la MSHS. Ce séminaire est le 1er des 3 prévus en 2014-2015.

Intervenants :

Marc MARTI (Pr. à l’Université Nice Sophia Antipolis, LIRCES): « Aristocrates et bourgeois libéraux dans l’Espagne de la fin du XVIIIe : contractions et évolutions de la pensée économique »


Picto_Doc2Paul CHENEY (University of Chicago):  « L’économie politique de la colonisation : de la monarchie composite à la nation ».
Article en ligne sur Academia.edu (Draft : Do not cite without persmission).

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Appel à propositions pour le séminaire « L’Europe et ses autres : figures et histoires. »

L’idée est de permettre aux différents collègues concernés par l’axe 3 de la MSHS (« L’Europe et ses autres ») de se rencontrer et de travailler ensemble.

Dans cette optique, il est proposé la mise en place d’un séminaire, qui se tiendra tous les deux mois environ, intitulé L’Europe et ses autres : Figures et histoires. Lors de chaque séance, un membre d’une des équipes de la MSHS présentera un travail récent ou en cours de publication (article, ouvrage, etc.), ce travail sera ensuite discuté par un collègue d’une autre équipe de la MSHS, avant de faire l’objet d’une discussion générale. Ce séminaire entend ainsi prouver, par l’exemple, que le dialogue interdisciplinaire est possible et fructueux.

Si vous êtes intéressé à présenter vos recherches dans ce cadre, merci de contacter la responsable de l’axe 3, Silvia Marzagalli (marzagalli@wanadoo.fr)

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Premières rencontres scientifiques du groupe Res-Hist – 26-28 septembre 2013

Réseaux et histoire

 

 

 

 

Organisées par le Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, en partenariat avec l’Institut Universitaire de France et la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société Sud-Est, les premières rencontres se dérouleront à la MSHS Sud-Est de Nice du 26 au 28 septembre 2013.

Introduction

Une courte introduction pour présenter l’esprit de ces premières rencontres par Silvia MARZAGALLI et Pierre-Yves BEAUREPAIRE (CMMC, Université Nice Sophia Antipolis et Institut Universitaire de France): cliquer ici


Voir aussi

Retrouvez les textes des présentations, résumés et enregistrements audios des journées, depuis la carnet de recherche dédié aux rencontres : http://reshist.hypotheses.org/74

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